Comme à Vancouver, Marie Philip Poulin a permis au Canada de gagner la médaille d'or. (200-400 mm F4,0 + Extender TC14E 1/1250 F5,6 4000 ISO)

Marie-Philip Poulin sur un nuage

La gloire n'est pas éphémère, Marie-Philip Poulin aura bien le temps de s'en rendre compte. Au lendemain de ses deux buts dans la finale de hockey féminin, dont celui vainqueur en prolongation, elle se pinçait encore pour vérifier si elle ne rêvait pas.
«C'est un conte de fées», disait-elle vendredi, sans jouer à la vedette qu'elle est désormais. Si Hayley Wickenheiser a été la grande dame de l'équipe canadienne pendant de nombreuses années, la jeune femme de Beauceville jouera ce rôle à la perfection dans l'avenir. À 22 ans, l'auteure du but en or contre les États-Unis en sera le visage pendant longtemps.
«Ça va arriver, mais je vais essayer de poursuivre ce qu'ont fait Hayley et Caroline [Ouellette]. Je suis une fille gênée et humble, je penserai toujours en fonction de mes coéquipières. Il s'agit d'un jeu d'équipe. Oui, j'ai scoré, mais ça ne serait pas arrivé sans elles», répondait le numéro 29 le plus populaire au pays après seulement quelques heures de sommeil.
La veille, Marie-Philip avait joué la plus haute note d'une symphonie au Palais de glace Bloshoï. Après avoir inscrit le but égalisateur avec 55 secondes à jouer en troisième, elle a marqué celui de la victoire en prolongation, offrant ainsi une quatrième médaille d'or de suite au Canada contre leurs éternelles adversaires américaines.
Après le match, la capitaine Ouellette estimait que Poulin était «la meilleure au monde». L'entraîneur-chef Kevin Dineen, lui, percevait dans ses yeux «une joueuse des grandes occasions». Et comment! Lors des deux dernières finales olympiques (2010 et 2014), Marie-Philip a réussi quatre des cinq buts de l'équipe canadienne.
Est-elle la meilleure au monde, comme le prétend Ouellette? «Je ne suis pas sûre, il y a d'autres très bonnes joueuses. Prenez juste Caroline, qui a été mon mentor, Hayley et Jayna Hefford, ce sont elles qui m'ont montré le chemin. J'ai peut-être réussi le but gagnant, mais c'est la médaille d'or qu'on voulait avant tout. En avantage numérique [à la fin], je voulais juste être là. Peu importe qui marquerait, ça allait être magique.»
Ça l'a été, le conte de fées s'est transformé en réalité. Et sur le coup de minuit, à Sotchi, le carrosse doré n'a pas pris l'allure d'une Lada rouillée...
La fête en privé
Les joueuses de l'équipe canadienne ont célébré dans le vestiaire du Bolshoï, évitant ainsi une controverse comme celle de 2010, où elles avaient fait la fête sur la patinoire avec cigares et bouteilles de bière.
«On a fêté ça dans la chambre, avec nos familles. On ne voulait pas faire comme à Vancouver. Quand j'ai vu mes parents, on s'est serrés dans nos bras, je ne pouvais pas me retenir, j'ai pleuré. J'ai aussi parlé au téléphone avec mon frère [Pier-Alexandre], qui a été ma plus grande inspiration. Il était tellement heureux, j'en avais les larmes aux yeux.»
Dans quelques jours, Marie-Philip rentre à Beauceville, où elle ne passera pas inaperçue. Pour cette année, l'aventure olympique est terminée, bien qu'elle ait assisté au match des hommes, vendredi. Elle sera de la prochaine croisade.
«Je suis encore sur un nuage, c'est sûr que je vais être encore avec l'équipe pour les quatre prochaines années. À chaque fois, c'est toujours plus gros.»
Pas de temps pour penser aux bobos
Tenue à l'écart du jeu pendant trois mois avant les Jeux olympiques,
Marie-Philip Poulin confirme avoir joué à 100 % de ses capacités pendant le tournoi. «Quand tu as la chance de jouer pour la médaille d'or, tu ne penses pas aux blessures», avoue celle qui a eu son lot de bobos au cours des dernières années. Entorse à la cheville, malaise à l'épaule, rupture de la rate, ça devenait lourd à porter à la longue.
«Comme athlète, tu ignores ce qui va arriver lorsque tu es blessée. Au cours de la dernière année, il y a des moments où je doutais. Je me demandais s'il n'était pas mieux pour l'équipe qu'une fille à 100 % prenne ma place, mais je n'ai jamais abandonné, j'ai eu le support de mes coéquipières, des entraîneurs et de mes proches», raconte celle qui a eu raison de persévérer dans l'adversité.
<p>Hayley Wickenheiser</p>
«Un avenir remarquable l'attend»
Même si elle retourne à Beauceville pour se reposer, Marie-Philip Poulin reprendra son baccalauréat en psychologie de l'Université de Boston (BU) à l'automne. Peut-être bien qu'elle pourrait s'offrir quelques cours d'été, histoire de compenser les deux sessions mises de côté en prévision des Jeux de Sotchi.
Là-bas, la plupart de ses coéquipières sont des joueuses... américaines. Comment sera-t-elle reçue? Comme celle qui a fait gagner le Canada ou celle qui a fait perdre les États-Unis? «Il n'y avait pas de filles de BU dans l'équipe USA, alors pour moi, ça va être moins pire», répond en riant l'étudiante, qui a hâte de retourner à son alma mater.
Tout près d'elle, Hayley Wickenheiser  se faisait élogieuse à son endroit. La joueuse d'expérience sait que l'équipe nationale repose entre bonnes mains avec toutes les jeunes qui sont réunies sous le même toit. Et Marie-Philip en sera le point de mire.
«Je suis certaine qu'elle sera bonne dans ce rôle, elle s'exprime très bien. Son humilité va la servir, elle transportera l'équipe pendant plusieurs années. Marie a beaucoup de talent, elle produit dans les moments importants. Elle a un avenir remarquable devant elle», reconnaît celle qui n'a pas encore tiré sa révérence.
Pour Wickenheiser, les 15 derniers jours ont été chargés. Porte-étendard du Canada à la cérémonie d'ouverture, élue au sein de la commission des athlètes du CIO et médaillée d'or... Difficile de demander mieux. Est-il possible de battre un moment d'euphorie comme celui de jeudi? «Ce sera difficile... peut-être avec une cinquième médaille d'or, mais celle-ci est parfaite.»
Qui sait, peut-être sera-t-elle du rendez-vous de PyeongChang, en 2018. Pour l'instant, la mère de 35 ans veut se reposer, surtout qu'elle a appris avec le temps que l'on revient vite à la réalité quotidienne une fois le rideau tombé sur les Jeux.
«Il serait plaisant d'aller en Corée [du Sud]. J'ai jasé un peu avec Teemu [Selanne], qui a 43 ans, et il me suggérait de continuer. J'aimerais jouer encore un peu et j'ai l'impression d'en avoir encore beaucoup à donner. Mais je vais voir où la vie me mène», poursuit celle qui voudrait entreprendre des études en médecine.