Marie-Philip Poulin salue la foule après la victoire du Canada. La Beauceronne avait mené son équipe à la victoire avec un doublé en 2010 à Vancouver. Elle a refait le coup aux Américaines hier à Sotchi.

Marie-Philip Poulin: la touche magique beauceronne

«Je suis brûlée», disait Danye Nadeau pendant le deuxième entracte. Le Canada tirait de l'arrière par 1-0 et elle ignorait encore que sa fille s'élèverait à nouveau au rang d'héroïne nationale quelques minutes plus tard! Marie-Philip Poulin l'a fait deux fois plutôt qu'une, marquant les buts égalisateur et vainqueur dans une dramatique victoire de 3-2 du Canada contre les États-Unis en prolongation de la finale de hockey féminin.
Cette touche magique - qu'elle avait déjà démontrée en 2010 avec un doublé dans une victoire en or de 2-0 - venait s'ajouter à un voyage magnifique au bord de la mer Noire pour ses parents. Un voyage plus que parfait qui culminait avec la récolte d'une médaille d'or remportée grâce à une dose de résilience beauceronne.
Les parents de Marie-Philip ne tenaient pas en place, nerveux, excités, emballés de vivre au rythme de l'équipe canadienne. «Merci à la vie», disait le paternel, ému.
Leur «bébé», comme ils l'appellent encore, a joué un match du tonnerre malgré une cheville en piteux état. Utilisée à son tour régulier, elle était de tous les avantages numériques, tantôt à l'avant, tantôt à la ligne bleue. Et lorsque le Canada a misé le tout pour le tout en retirant sa gardienne à la faveur d'une sixième joueuse, elle était encore sur la glace. Puis, avec 54,6 secondes à faire, bingo! La numéro 29 semait la joie dans le coin rouge en créant l'égalité 2-2.
La prolongation allait suivre. L'entraîneur-chef Kevin Dineen faisait encore appel à Marie-Philip. Et d'un coup de baguette magique, elle profitait d'un jeu de puissance à quatre contre trois pour marquer le but vainqueur dans un filet grand ouvert. Instantanément, ce fut l'euphorie... partout au pays. Le Canada remportait une quatrième médaille d'or d'affilée contre les mêmes rivales dépitées, qui se voyaient privées d'un premier titre olympique depuis 1998.
Véritable ballet royal
Ce n'est pas seulement un match de hockey qui a eu lieu au Palais de glace Bolshoï, ce fut un véritable ballet royal où l'on a couronné une princesse. Cendrillon a de la compagnie! Une soirée qui s'inscrit dans les grands événements sportifs s'étant déroulés sous nos yeux.
«Marie, je ne l'ai jamais vue ne pas donner son 150 %. Elle a toujours été déterminée, je ne me souviens pas d'une seule fois où je lui ai dit qu'elle n'avait pas forcé», disait sa mère à propos de celle dont la devise préférée est «Tomber sept fois, se relever huit fois»...
«Je l'ai toujours trouvée persévérante, surtout lors des quatre dernières années. Des fois, elle est un peu trop généreuse avec la rondelle», ajoutait Robert Poulin.
Cette fois-ci, elle a lancé... et compté. Il y croyait, jusqu'à la fin. «On va gagner, elle le mérite», disait-il avec son coeur de père au tout début des 20 dernières minutes réglementaires.
Ces dernières années, il a eu le coeur gros pour sa petite, qui n'a pas été épargnée par les blessures. L'épaule, la cheville, une rupture de la rate, Marie-Philip n'a jamais crié à l'injustice. Tout ce qu'elle voulait, c'était d'enfiler l'uniforme aux Jeux olympiques. On comprend mieux pourquoi, aujourd'hui.
Au réveil, jeudi matin, un message texte de Pier-Alexandre à sa mère. «J'ai pas dormi, je suis trop nerveux», lui écrivait le frère de Marie-Philip, qui est aussi son inspiration. «Je me suis réveillée trois ou quatre fois», répondait-elle à celui qui est maintenant gestionnaire du programme scolaire de Hockey Canada, à Calgary, où était justement installée sa soeur, ces derniers mois.
Robert et Danye vivent leur première «croisière», à Sotchi. Ils logent sur un bateau, le Louis Olympia, amarré au quai d'Adler. «On se demande quand il va partir», blaguaient ceux qui se pincent juste à l'idée d'être présentement en Russie, où l'hospitalité des hôtes est à des lieux de ce qu'ils pouvaient entendre ou lire avant de partir.
Qu'importe si leur bateau ne lève pas l'ancre. L'équipe de leur fille est arrivée à bon port, celui de la médaille d'or.
Quel beau voyage!