Après une année marquée par une blessure à la cheville, Marie-Philip Poulin a démontré aux Jeux olympiques de Sotchi qu'elle n'était pas un feu de paille.

Marie-Philip Poulin: la consécration de «Pou»

Lauréate: Marie-Philip PoulinOccasion: sa performance de deux buts dans la finale pour la médaille d'or en hockey féminin aux Jeux de Sotchi
C'était quelques secondes seulement après que la lumière rouge eut scintillé au Palais des glaces Bolchoï de Sotchi, le 20 février, annonçant le dénouement de la finale, en prolongation. Marie-Philip Poulin venait, quatre ans après les Jeux de Vancouver, de donner une autre médaille d'or au Canada en hockey féminin.
Comme la fois précédente, la Beaucevilloise de 22 ans s'est élevée au-dessus de la mêlée, au moment où ça comptait le plus. D'abord en égalisant la marque 2-2, à 55 secondes de la fin du temps réglementaire. Puis, en inscrivant le but victorieux qui mettait un terme aux espoirs des Américaines par mort subite, à 8:10 de la prolongation.
Pendant que Poulin, tête baissée, reprenait ses sens sur la glace, toutes ses coéquipières d'Équipe Canada se dirigeaient vers elle pour festoyer. Au pays, les amateurs de hockey, qui avaient été tenus en haleine pendant de longues minutes, ont lâché un soupir de soulagement collectif, avant d'exulter, eux aussi. Quand il s'agit de notre sport national, la victoire goûte toujours bon. Celle qui l'apporte, elle, mérite le statut d'héroïne nationale. Mais ne lui dites surtout pas...
«L'athlète la plus populaire? Je ne pense pas. Je pense qu'il y a tellement d'athlètes québécois qui ont fait de grands accomplissements... C'était tout le temps un grand moment pour moi de les rencontrer dans le village», a-t-elle laissé entendre à son retour à Québec, mardi.
Étiquetée très tôt comme la «Sidney Crosby du hockey féminin», Marie-Philip Poulin venait de réaliser un exploit faisant étrangement écho à celui du «Kid» de Cole Harbour, à Vancouver : un filet en prolongation, lors de la finale. Avec son but doré, le 87 écrivait une nouvelle page de l'histoire de son sport aux Olympiques. À Sotchi, Poulin, la numéro 29 des filles, l'a fait aussi.
Ne serait-ce que par l'intérêt que cette finale exaltante a soulevé, obtenant des cotes d'écoute records au Canada. Mais aussi parce que Poulin, après une année marquée par une blessure à la cheville, y a démontré qu'elle n'était pas un feu de paille. Quand les Hayley Wickenheiser et autres Caroline Ouellette passeront le flambeau, ce sera elle le visage du hockey féminin canadien. Elle pâlit à la suggestion.
«Ce sont des exemples pour moi. On va essayer de continuer sur le chemin qu'elles m'ont montré. Ça va être un autre quatre ans à travailler fort», a-t-elle soutenu, toujours humble.
Dans les minutes qui ont suivi sa performance d'anthologie, à quelques heures de la demi-finale masculine entre le Canada et les États-Unis, la Twittosphère avait pourtant explosé: «S'il continue dans cette direction, Sidney Crosby sera peut-être le prochain Marie-Philip Poulin!» «Sidney Crosby et Jonathan Toews devront imiter Marie-Philip Poulin.» «Est-ce que Poulin peut jouer avec Crosby?»
Soudainement, les rôles étaient inversés. C'était au tour des joueuses de l'équipe féminine, et plus précisément de Marie-Philip Poulin, d'inspirer la nation. Et une future génération de hockeyeuses canadiennes. Même les messieurs!
«L'effort qu'elles ont mis de l'avant et leur habileté à aller chercher la victoire, c'était incroyable à regarder», a convenu le gardien Carey Price, à son retour à Montréal.
Les félicitations provenant de leurs contreparties masculines, leurs idoles, touchent toujours.
«C'est quelque chose à entendre! Ce sont nos modèles, et on essaie de les suivre. Quand on les voit et qu'ils nous félicitent, en disant que c'était un match incroyable, on ne peut pas demander mieux!» a convenu Poulin.
Qu'elle le veuille ou non, la centre de 22 ans, qui évolue pour les Terriers de la Boston University, a brillé sur la plus grande scène, aux Jeux olympiques. Sa coéquipière Caroline Ouellette, elle, n'hésite pas à la désigner comme meilleure joueuse au monde. À Sotchi, sa prestation a, dans l'esprit de plusieurs, éclipsé celle de Crosby. Qui sait? Elle fera peut-être même oublier ce surnom de «Sidney Crosby du hockey féminin».
Le règne de «Pou» serait-il enfin amorcé?