Marie-Philip Poulin fait sa Sidney Crosby

On ne la surnomme pas la Sidney Crosby du hockey féminin pour rien! Comme l'avait fait le numéro 87, il y a quatre ans, Marie-Philip Poulin a marqué un but en or en prolongation, jeudi au Palais de glace Bolshoï, afin de permettre au Canada de conserver son titre olympique lors d'une victoire survoltée de 3-2 contre les États-Unis.
La joueuse de Beauceville a été la grande vedette de cette quatrième conquête de suite de l'équipe canadienne, indélogeable de la première marche du podium depuis 2002. En plus de trancher le débat à la faveur d'un avantage numérique à quatre contre trois, elle avait aussi réussi le but égalisateur avec 54,6 secondes affichées au tableau.
«C'est incroyable, c'est un autre rêve qui vient de se réaliser, je ne peux pas demander mieux», disait l'héroïne du jour, qui a pris l'habitude de s'élever au-dessus de la mêlée dans les grands moments.
Aux Jeux de Vancouver, Marie-Philip avait inscrit les deux buts de la finale (2-0) contre les Américaines, qui n'en revenaient pas de sortir à nouveau la tête basse. Cette défaite coûtera une caisse de bière à leur président, perdant d'un pari amical avec le premier ministre canadien.
À Sotchi, l'histoire retiendra son doublé, évidemment, mais aussi la remontée de l'équipe canadienne. Tirant de l'arrière 2-0 en fin de troisième période, le Canada est revenu de l'arrière d'une étincelante façon.
Un filet de Brianne Jenner a d'abord réduit l'écart à un but avec 3:26 à faire. Et avec un peu plus d'une minute au tableau, l'entraîneur-chef Kevin Dineen a profité d'un temps d'arrêt pour retirer sa gardienne au profit d'une sixième joueuse. Il s'en est fallu de peu pour que le miracle ne se produise pas. Une rondelle lancée du fond du territoire américain a glissé jusque sur le poteau canadien, ce qui a permis aux Rouges d'avoir une autre chance.
Avec 55 secondes à jouer, Marie-Philip a touché la cible pour prolonger le plaisir de tout un chacun. Elle allait refaire le coup, en prolongation, à la faveur de son cinquième but du tournoi olympique.
«À chaque fois, c'est toujours plus gros. Il s'agit de l'un des plus beaux moments de ma vie. Quand j'ai marqué, je ne l'ai même pas réalisé, je n'ai eu aucune réaction. Ça a été un beau jeu de [Laura] Fortino. Mais le premier but de Brianne [Jenner] nous a relancées, on savait qu'on était capable de revenir.»
Sur le banc, les joueuses priaient pour réussir l'impossible. Quand la rondelle a frappé le poteau, Mélodie Daoust y a vu un signe, racontait celle qui avait de bons mots pour l'étoile du match. «Marie-Philip, c'est une fille qui ferait n'importe quoi pour l'équipe, blessée ou pas. Elle est une joueuse incroyable; elle l'a montré aux derniers Jeux olympiques, elle le montre encore.»
La passion du hockey
Tout près, Caroline Ouellette savait que Poulin serait bien placée pour sauter sur l'occasion. «Marie, c'est la joueuse la plus intelligente que j'ai vue dans ma vie, mais aussi la fille la plus merveilleuse», avouait la capitaine.
Marie-Philip était radieuse. Non seulement après avoir marqué le but victorieux ou reçu sa médaille d'or, mais tout au long de l'aventure olympique. «Le hockey, c'est ma passion depuis que je suis jeune. À chaque fois que je saute sur la glace, c'est pour m'amuser. Encore aujourd'hui [jeudi], j'ai essayé de sourire et de faire tout ce que je pouvais pour gagner l'or.»
Comme l'impression qu'elle sourira pendant quatre ans!
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Pas de hockey féminin sur le radar du R et O
Selon Gilles Lépine, responsable du programme du Rouge et Or, ce n'est pas demain la veille qu'une Marie-Philip Poulin portera les couleurs de l'Université Laval. «Présentement, on n'est pas prêt à entrer dans la création d'un club de hockey Rouge et Or. Ce n'est pas dans les plans, a confirmé Lépine. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en aura jamais, mais ce n'est pas sur notre radar.»
Les investissements majeurs que nécessite un programme de hockey en sont la principale raison. Et Lépine ajoute qu'il pourrait être difficile de trouver sa niche dans un réseau déjà fortement développé. Même dans le cas du hockey féminin? «Quand on développe un programme, on regarde pour former des équipes masculines et féminines, mais c'est vrai que le hockey féminin a davantage un aboutissement olympique. Ça c'est intéressant, mais il y a certainement moins de joueurs que du côté masculin», a expliqué le grand manitou du Rouge et Or. François-Olivier Roberge