Marie-Michèle Gagnon officiellement membre de l'équipe canadienne

Marie-Michèle Gagnon savait qu'elle irait à Sotchi. Pas de surprise là. Mais d'entendre annoncer sa sélection olympique par Mélanie Turgeon, à Québec, ça valait le flafla.
La skieuse Marie-Michèle Gagnon a retenu toute l'attention au cours de la conférence de presse qui a eu lieu à l'hôtel de ville de Québec, jeudi matin.
<p>Marie-Michèle Gagnon montre le trophée de sa victoire de dimanche en Coupe du monde à celle qui lui a servi d'inspiration, Mélanie Turgeon. </p>
Marcel Aubut ne fait rien sans faste. La salle de réception de l'hôtel de ville était bondée, jeudi matin, pour le dévoilement de l'équipe féminine de ski alpin qui représentera le Canada aux JO, dans trois semaines. Elles sont trois; une était absente.
L'occasion était surtout belle pour le Comité olympique canadien et son président de souligner la récente victoire de Gagnon en Coupe du monde, dimanche, au super-combiné d'Altenmarkt-Zauchensee, en Autriche.
La skieuse revient faire le plein d'énergie à la maison, dans Bellechasse, avant de repartir pour le sprint final. «Lac-Etchemin est presque un quartier de Québec», a blagué le maire Régis Labeaume, soulignant comment «quand ça fait notre affaire, on ratisse large». Gagnon est un fier produit du programme sport-études de l'école secondaire Cardinal-Roy, au centre-ville de Québec, qu'elle a fréquentée durant cinq ans.
Passation du flambeau
L'annonce de la bouche de Turgeon sonnait comme une passation du flambeau. Trois fois athlète olympique, Turgeon a marqué le ski alpin canadien en devenant championne du monde de descente, en 2003. Mais quelques années auparavant, la grande Mélanie avait réalisé quelque chose d'encore plus fantastique aux yeux de la petite Marie-Michèle, 10 ans.
«Elle m'avait autographié un poster d'elle que j'ai gardé au-dessus de mon lit pendant des années et des années», raconte l'athlète de maintenant 24 ans, qui en sera à ses deuxièmes Jeux.
Son entraîneur du Mont-Orignal lui avait offert la fameuse affiche. «Elle avait signé : "À Marie-Michèle, bonne saison!" Dans ma tête de 10 ans, je n'en revenais pas. Je me disais : "Elle a écrit mon nom, elle me connaît, elle sait que je m'en viens! Et je vais avoir une bonne saison, elle me l'a dit!"»
Gagnon regrette de n'avoir pu côtoyer Turgeon au sein de l'équipe nationale. Elle a atteint le circuit de la Coupe du monde quatre ans après la retraite de Turgeon. Treize ans d'âge les séparent. «Mais elle m'a inspirée, ç'a marché», sourit la cadette.
Turgeon a fait pour Gagnon ce que Laurie Graham avait fait pour elle, 15 ans plus tôt. Mélanie allait à l'école Montagnac de Lac-Beauport. Le midi, la fillette de huit ans dînait à la station de ski Le Relais, où travaillait sa mère, tout près de l'école.
Ce jour-là, l'équipe canadienne s'entraînait au Relais en vue d'une Coupe du monde au Mont-Sainte-Anne. Ce jour-là, la grande Laurie a serré la main de la petite Mélanie. «Sans le savoir, elle a semé la graine dans ma tête. Je me suis dit : "Si elle est capable, je suis capable"», se rappelle aujourd'hui la femme de 37 ans. «Je me suis dépassée toute ma carrière, alors si j'ai pu en inspirer d'autres à mon tour, tant mieux.»
Devenue préparatrice mentale d'athlètes, dont les champions canadiens de patinage artistique en couple Meagan Duhamel et Eric Radford, Turgeon voit en Gagnon «une bonne assurance, mais pas de surconfiance. L'attitude est là, il y a un feu dans ses yeux», analyse-t-elle.
Jeudi, sept jeunes skieurs du Collège François-de-Laval ont assisté à la présentation. Au tour de Gagnon de servir d'inspiration.
<p>Marie-Michèle Gagnon (au centre), en compagnie de son entraîneur, Tim Gfeller, et de Britanny Phelan, qui ira elle aussi à Sotchi, où elle se concentrera sur le slalom.</p>
«Quelque chose d'un peu spécial», selon son entraîneur
Tim Gfeller dirige Marie-Michèle Gagnon sur les pentes depuis quatre ans. L'entraîneur-chef de l'équipe canadienne féminine de ski alpin explique les récents succès de la Québécoise par une progression soutenue au fil des saisons. «Chaque année, elle est devenue de plus en plus professionnelle. Et d'avril 2013 à aujourd'hui, tout ce qu'elle fait, chaque détail, c'est pour gagner», expose Gfeller.
Reste quand même cette petite part de magie qui vient de hisser l'excellente skieuse au statut d'aspirante à la victoire. «Marie-Michèle a été super constante toute l'année, c'est vrai. Mais maintenant, elle tient quelque chose d'un peu spécial», admet son coach, reconnaissant que le niveau de confiance a monté d'un échelon depuis son triomphe de dimanche.
Outre Gagnon, Britanny Phelan, 22 ans, de Mont-Tremblant, et Larisa Yurkiw, 25 ans, d'Owen Sound, représenteront le Canada en ski alpin à Sotchi. Les deux en seront à leur première expérience olympique. Gagnon était à Vancouver, en 2010, et avait terminé 21e en slalom géant et 31e en slalom.
Gagnon prendra le départ dans quatre épreuves : slalom, slalom géant, super-G et super combiné. Phelan se concentrera sur le slalom, où elle a réussi deux tops 10 l'an dernier. Pour Yurkiw, ce sera la descente et le super-G. L'Ontarienne était absente des présentations, jeudi, puisqu'une Coupe du monde de vitesse bat son plein, à Cortina d'Ampezzo, en Italie.
Le cas de Yurkiw est intéressant. L'équipe canadienne de ski alpin a abandonné son programme de vitesse, l'an dernier. Ce qui n'a pas empêché Yurkiw de faire son chemin en parallèle de l'équipe nationale et de se qualifier pour les JO. Elle affiche deux tops 7 en descente depuis le début de la saison.
Soulignons que le super-combiné olympique n'est pas la même épreuve que celle remportée par Gagnon en Autriche, il y a cinq jours. Au lieu d'une première manche de super-G comme à Altenmarkt, ce sera une descente, à Sotchi. La deuxième manche reste un slalom. Gagnon fait rarement des descentes.
Les annonces du Comité olympique canadien se poursuivent la semaine prochaine avec l'équipe de ski acrobatique lundi, le surf des neiges mardi, à Québec, et le porte-drapeau jeudi. Restera le saut à ski.