Sur la route avec l'équipe nationale depuis l'adolescence, entourée surtout d'anglophones, Marie-Michèle Gagnon souligne qu'elle rêve toujours en français!

Marie-Michèle Gagnon: la nomade heureuse

Les améliorations techniques et le travail acharné ont conduit Marie-Michèle Gagnon vers sa première victoire en Coupe du monde, dimanche dernier en Autriche. C'est pourtant sa passion pour sa vie de skieuse qui fait de cette pétillante jeune femme une idole reconnue à l'extérieur de son Lac-Etchemin natal.
Ses yeux gris-bleus perçant la lentille, la skieuse alpine de 24 ans partage sur la Toile un quotidien qui transcende le sport. Avec les années, «Mitch» a appris à se définir comme une nomade voyageant de montagne en montagne à la recherche de sensations.
«Je m'attarde au comment», s'obstine-t-elle à répondre lorsque les journalistes la questionnent sur ses résultats visés. «Je veux être solide et skier avec énergie.» Voilà le mantra de l'athlète qui en sera à ses deuxièmes Olympiques, après ceux de Vancouver.
Gagnon dégage la confiance de celle dont toutes les pièces du casse-tête se sont alignées. Elle a notamment enregistré cinq top 10 en cinq slaloms cette saison. La féroce compétitrice ne skie pas seulement pour le plaisir, mais il est indissociable de sa quête vers l'excellence.
Si elle parle de points techniques très précis - meilleurs mouvements des chevilles et des genoux - pour expliquer ses succès sur les pistes, l'un des éléments marquants lors des entretiens avec la skieuse est son amour de sa vie dans ses valises. Ça n'a pourtant pas toujours été ainsi.
«Au début, je capotais! Ç'a pris trois ou quatre ans avant que je m'adapte à ce rythme de vie. Mais aujourd'hui... je suis chanceuse de me réveiller sur une nouvelle montagne chaque semaine pendant trois mois, et apprendre à connaître l'Europe comme je ne l'aurais jamais vu sans le ski.»
À la mi-décembre, elle se trouvait d'ailleurs dans l'un de ses arrêts préférés lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil. «C'est incroyable, ici à Courchevel. C'est la place où on est le mieux traité en France, c'est un hôtel cinq étoiles. Il y a la meilleure bouffe au monde! C'est mon village préféré avec Aspen», a-t-elle insisté.
Sur la route avec l'équipe nationale depuis l'adolescence, entourée surtout d'anglophones - mis à part sa coéquipière et grande amie de toujours Marie-Pier Préfontaine -, Gagnon a grandi entre deux cultures. «Je sais... Je casse un peu mon français. J'ai appris les deux langues à moitié. C'est fou à dire, mais je suis plus à l'aise en entrevue en anglais. Quand je parle de ski, c'est toujours en anglais. Je cherche un peu mes mots en français», a-t-elle confié, effectivement avec un léger accent anglophone.
Un livre d'allemand traîne aussi dans ses valises. Tranquillement, celle qui a fait ses premiers chasse-neiges sur les pistes du mont Orignal se familiarise avec cette langue populaire sur le circuit.
Et la nuit, en quelle langue rêve-t-elle? «Je rêve encore en français. Je parle parfois dans mon sommeil et Erin [Mielzinski], ma roomate sur la route depuis quelques années, me confirme que c'est du français.»
Peu importe la langue, tous comprennent que Marie-Michèle Gagnon vit son rêve. La spécialiste des épreuves techniques aura appris la polyvalence, autant sur les pistes - elle pointe au septième rang du classement cumulatif de toutes les disciplines - que dans sa vie effrénée de jeune leader de l'équipe canadienne.
Marie-Michèle Gagnon a pris l'habitude de revenir à la maison au milieu de la saison de Coupes du monde. Non pas à l'appartement de Canmore, où elle vit depuis trois ans, mais bien à la maison familiale de Lac-Etchemin, «pour recharger les batteries».
Atterrie à Québec mercredi soir, présentée à l'hôtel de ville de Québec jeudi matin, elle ne repartira que dans quelques jours. Personne n'accusera donc ses parents, en cette mi-janvier, de toujours avoir leur décoration de Noël sur les murs, pour accueillir leurs cinq enfants.
un copain compréhensif
Si elle attendait cette réunion de famille avec impatience, celle cumulant 107 départs en Coupe du monde a tout de même trouvé le moyen de passer un Noël mémorable. Elle s'est évadée avec son amoureux, Travis Ganong, un skieur alpin de l'équipe américaine de vitesse, en Autriche, à Salzburg, pour quelques jours.
«Je suis chanceuse de partager ma vie avec quelqu'un qui comprend ce que je fais. On se retrouve en Europe entre nos compétitions», souligne Gagnon, dont le copain était d'ailleurs présent lors de sa victoire historique au super-combiné d'Altenmarkt, son deuxième podium en carrière.
En couple depuis cinq ans, les tourtereaux planifient emménager ensemble, au printemps, au Lac Tahoe, en Californie, d'où vient Ganong. La Québécoise s'éloignera donc de ses amies et coéquipières pour les deux ou trois mois d'entraînement estival. «J'ai assez appris au cours des dernières années pour m'entraîner un peu seule.» Une nouvelle confiance, disions-nous.
NOTE : La station de ski du mont Orignal accueillera sa reine pour un brunch dimanche (10h). Après une séance de photos et de signature d'autographes (14h), Marie-Michèle descendra la Pitch à Mitch, la piste baptisée en son honneur à la montagne de son enfance. Pour info ou pour réserver: 418 625-1551 ou orignal@sogetel.net.
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<p>«Au début, je capotais! Ç'a pris trois ou quatre ans avant que je m'adapte à ce rythme de vie.Mais aujourd'hui... je suis chanceuse de me réveiller sur une nouvelle montagne chaque semaine pendant trois mois, et apprendre à connaître l'Europe comme je ne l'aurais jamais vue sans le ski» - Marie-Michèle Gagnon </p>
1- Dernière pensée avant le départ d'une course?
100 % d'énergie. Ski solide. Ce sont mes mots clés.
2- Musique de motivation?
Je ne suis pas une grande fan de m'enfermer dans mon propre monde avec de la musique. Les journées de course, je jase plutôt avec les autres filles. Mais j'écoute du Ben Howard durant ma session de yoga matinale!
3- Athlète que tu rêves de rencontrer?
Hermann Maier.
4- Endroit préféré dans le monde pour skier?
J'adore St-Moritz, Cortina, Méribel (les 3 vallées)...
5- Si tu étais aux JO dans un autre sport?
Vélo de montagne, mon sport préféré après le ski alpin.
6- Spécialité en cuisine?
Je fais un excellent pain aux bananes!
7- Vie à l'américaine ou à l'européenne?
Un mix des deux. J'adore le style de vie relax de l'ouest de l'Amérique du Nord.
8- Où seras-tu dans 10 ans?
Probablement au Lac-Tahoe où mon copain habite; c'est magnifique là-bas!
9- Gourmandise favorite?
Le chocolat de mon père! (La Pralinière, à Lac-Etchemin)
10- Quand je serai grande, je serai...
Pas certaine, peut-être physiothérapeute ou propriétaire d'une compagnie d'héli-ski avec mon copain... ou bien d'autres choix. Qui sait?