Les Canadiens ont bien l'intention de faire sentir leur présence à Sotchi, sur le terrain et dans les gradins. Jeudi, ils ont bruyamment encouragé les patineurs artistiques participant à la compétition par équipe, la première de l'histoire des Jeux.

Marcel Aubut vise toujours la première place

Il avait participé à plus d'une vingtaine de conférences de presse au pays en prévision des Jeux. Il était normal d'en tenir une première à son arrivée à Sotchi. Mais qu'il se trouve au Canada ou en Russie, Marcel Aubut tient le même discours : le président du Comité olympique canadien n'abaisse pas la barre à propos des objectifs à atteindre au cours des deux prochaines semaines.
«On vise le premier rang au tableau des médailles», confirmait-il, hier matin, sous l'oeil attentif et le sourire moqueur de Steve Podborski, chef de mission de l'équipe canadienne.
«Il y a des soirs où je dors mal après ce que j'ai dit, surtout quand je vois un athlète se blesser. Il s'agit d'un objectif ambitieux, mais c'est comme cela qu'on aime ça. Le Canada est ici pour être compétitif et gagner», indiquait celui qui en est à son deuxième mandat à la tête du COC.
La transformation amorcée à Turin aura été fort payante aux Jeux de Vancouver, quand le Canada a dominé le plateau avec une récolte de 14 médailles d'or. Des ressources plus grandes grâce au programme À nous le podium, des fonds privés injectés dans celui de B2dix, les athlètes canadiens avaient un peu plus le moyen de leurs ambitions. À Sotchi, on veut donc faire aussi bien, sinon plus, qu'à Vancouver.
«Il s'agit d'une transformation de notre mentalité. On ne gagnera peut-être pas cette année, ni aux prochains Jeux, mais on le fera sûrement un jour. Vous savez, pour devenir un gagnant, il faut accepter la défaite. On ne l'emporte pas chaque fois, même qu'on perd plus souvent. En se fixant de tels objectifs, on va finir par les atteindre», intervenait Podborski, l'un des membres de la glorieuse époque des «Crazy Canucks» en ski alpin.
Me Aubut rappelait qu'aucun athlète de l'actuelle délégation ne lui a dit de modérer ses ardeurs. Le Canada est au sommet de son art dans plusieurs disciplines. En fait, plusieurs dates sont encerclées en rouge sur le calendrier de Podborski.
«Ça commence dès le premier jour et ça se poursuit quotidiennement», avouait le chef de mission à qui l'on demandait où étaient les meilleures chances de médailles pour ses protégés.
Changement de mentalité
À ses côtés, Jean-Luc Brassard confirme que les temps ont changé depuis le temps où il brillait dans les bosses et jouait à l'inventeur de saut, comme son fameux «Kosak» qui l'avait propulsé sur la plus haute marche aux Jeux de Lillehammer de 1994 et porte-étendard à ceux de Nagano, quatre ans plus tard.
«Dans mon temps, je voulais gagner, mais on ne le disait jamais en public. Quand quelqu'un le faisait, on laissait entendre qu'il était prétentieux. Pourtant, quand tu es un bon étudiant, tu es capable d'avoir 100 % à ton examen de maths, ça doit être la même chose dans les sports. On n'est pas habitué d'avoir une mentalité de premier de classe, mais quand je vois aller les gars dans les bosses, je suis content de voir qu'on l'a adoptée. Ils sont capables de le faire, et pas seulement dans les bosses, et selon moi, ça va partir en feux d'artifice», soutenait Brassard, un des deux adjoints de Podborski.
Un trio compatible
Comme plusieurs, Jean-Luc Brassard a admiré Steve Podborski lorsqu'il dévalait les pentes au début des années 1980. Au-delà du skieur, il a découvert un homme drôle depuis qu'il est l'adjoint du chef de mission.
«Steve est un pince-sans-rire à l'humour britannique. Lui, France [St-Louis] et moi, on se complète bien. Il a travaillé à la candidature de Vancouver 2010, rencontré les gens du CIO, c'est un technocrate qui te lance toujours des pointes d'humour; France est cartésienne et ne laisse rien au hasard, tout est bien préparé et concret tandis que moi, je suis plus émotif, olé olé, un peu Espagnol», décrivait Brassard à propos du trio dont le rôle est d'appuyer les athlètes et de former une véritable équipe, ce qui est maintenant plus facile «parce qu'ils se connaissent, se parlent, se suivent sur Facebook ou Twitter tandis que dans mon temps, on se demandait ce qu'on allait dire à un tel si on le croisait dans le village...»
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>> ENTENDU
À l'entrée du centre de presse, les responsables du kiosque d'information répondent aux nombreuses demandes des gens accrédités. Une feuille nous apprend à prononcer quelques mots ou phrases en russe, comme «ya ne govoryu porusski» qui veut dire «je ne parle pas le russe...» Les bénévoles sont nombreux à maîtriser l'anglais. À la halte bouffe du centre de presse, on mélange les «spasiba» et «thank you». «Merci beaucoup», m'a lancé la caissière lors de mon premier repas. «Vous avez reconnu mon accent?» lui ai-je demandé. «Non, vous parliez seulement avec votre ami», a-t-elle répondu en français, qui est toujours la langue officielle des Jeux olympiques bien que l'anglais reste l'outil linguistique essentiel.