Les membres de l'élite masculine prennent le départ du 118e marathon de Boston, lundi.

Marathon de Boston: trois coureurs de Québec racontent

Le marathon de Boston a connu, lundi, de nouveaux lendemains après le double attentat de 2013. Des dizaines de Québécois se sont joints aux 36 000 coureurs inscrits pour panser les plaies de la ville américaine. Le Soleil s'est entretenu avec trois coureurs de Québec qui ont vécu à leur façon la compétition chargée en émotion et en acclamations.
<p>La veille du marathon, dimanche, une grande foule était rassemblée à la ligne d'arrivée pour prendre des photos.</p>
Plus grisant qu'aux Jeux olympiques
François Drolet s'était fait rappeler que le marathon de Boston, «c'est les Olympiques de la course à pied». Le médaillé d'or des Jeux olympiques de Nagano peut maintenant confirmer que le soutien de la foule y est «incomparable».
«Tu comprends quand tu fais la course, quand tu vois l'ambiance et le nombre de personnes sur le bord du parcours. Aux Jeux olympiques, il y a du monde qui va au marathon, mais c'est rien comparé à ça», analysait à chaud lundi l'ex-patineur de vitesse.
Celui qui épaule toujours l'équipe canadienne de patinage de vitesse ne renie pas son passé olympique. Après tout, il précise que «rien n'arrive à la hauteur de l'intensité d'un relais et de l'ambiance dans la foule». «Mais ça dure cinq, six minutes et c'est terminé. C'est court et intense. Tu te prépares pendant quatre ans et t'as souvent une course qui va se jouer sur une fraction de seconde. Alors que là [à Boston], c'est soutenu pendant trois heures sur 40 km.»
«Pendant la course, j'essayais quand même de performer, mais sur le chemin du retour, je repensais à tout ça et je suis devenu émotif. C'est pas croyable, j'ai eu la chance de faire du sport de haut niveau et de patiner devant 15 000 à 20 000 spectateurs. Mais là, c'est pendant trois heures et ça n'arrête pas, les gens sont à côté de toi, tu as tout le temps des gens qui te tendent la main pour te toucher. C'est vraiment spécial», exprime-t-il.
Clairement, François Drolet semble ressortir grandi de sa première expérience au plus vieux marathon du monde. «C'est sûr que l'exploit de gagner une médaille olympique, ça signifie beaucoup pour tout le monde. Mais le marathon de Boston, ça veut dire énormément pour les coureurs et les gens de Boston, c'est quelque chose d'incomparable.» 
<p>Des policiers patrouillaient à vélo près de la ligne d'arrivée. </p>
Sécurité accrue et rassurante
Tireurs d'élite sur les toits, militaires et policiers armés, chiens pisteurs, caméras de surveillance sur tout le parcours. La sécurité s'est fait sentir toute la fin de semaine à Boston sans jamais gâcher la compétition, constate Guy Dorval, président du club de course La Foulée, de Québec.
À l'image du marathon de Boston, l'homme de 53 ans a vécu de nouveaux lendemains après une épreuve. M. Dorval avait une seule idée en tête : repartir en grand après avoir été blessé et privé de course pendant deux mois.
C'est dans cet esprit que la sécurité déployée à la grandeur de la ville américaine lui est apparue plus rassurante que «tannante». «C'est la première fois que je voyais des tireurs d'élite sur les toits des écoles avec des jumelles», note tout de même le coureur expérimenté.
Il remarque aussi que la vérification des dossards était plus systématique que lors de ses deux premières participations, en 2008 et 2012. À leur arrivée au «village des athlètes», dans une ville voisine, chaque coureur «était scanné comme à l'aéroport».
Les autorités américaines avaient mis le paquet en sécurité et cela a eu comme effet de chasser toute angoisse dans l'esprit de Guy Dorval.
Il s'est ainsi concentré sur son premier marathon depuis qu'une hernie discale l'a forcé à marcher avec une canne, il y a à peine sept mois.
«Oui, il y avait une certaine émotion à cause des attentats de 2013, mais une fois que t'es parti, tu penses à ta course, tu restes concentré. Peut-être que d'autres l'ont vécu différemment, mais moi, je suis un compétiteur. Je revenais d'une grosse blessure, c'était important de courir de nouveau.»
Résultat : Guy Dorval n'a pas récolté son «meilleur temps à vie, mais pour un gars de 53 ans, c'est un bon temps».
<p>Le soutien des spectateurs se faisait sentir, lundi.</p>
Une ville encore plus accueillante
Hélène Grenon, de Lac-Saint-Joseph, est repartie lundi du marathon de Boston avec une troisième position dans sa catégorie et l'impression que les attentats meurtriers auxquels elle a échappé un an auparavant avaient au moins permis de «resserrer les liens» entre les coureurs et la ville hôte.
Non seulement y avait-il plus de coureurs qu'à l'habitude, lundi, mais beaucoup plus de supporteurs. Hélène Grenon dit n'avoir «jamais vu autant de personnes» massées le long d'un parcours de course, et la femme de 61 ans n'en est pas à son premier - ni à son dernier.
«Pour les Bostoniens, je pense que [les attentats], ça a comme resserré les liens. Il y avait probablement plus de gens qui ont participé pour encourager les coureurs», estime celle que Le Soleil a jointe à sa chambre d'hôtel après la course.
Mme Grenon a décroché la troisième place dans la catégorie des 60-64 ans, le même honneur qu'en 2013. À la différence que le parcours de cette année était empreint d'émotion.
La coureuse de Québec avait beau ne pas avoir vécu de près les attentats, elle s'est sentie touchée par l'élan de solidarité et la vague d'amour des Bostoniens et autres supporteurs venus des quatre coins du monde. «On ne pouvait pas ne pas courir, les gens étaient tellement encourageants. La veille du marathon, les gens étaient fins et contents qu'on soit venus malgré les événements.»
Elle se rappelle cette fillette d'environ quatre ans venue l'accoster avec sa mère au restaurant, dimanche. L'enfant tenait à l'encourager. «C'était vraiment cute», glisse Mme Grenon.
«Les Bostoniens aiment le marathon, sont contents d'accueillir les étrangers. J'ai fait beaucoup de gros marathons et dans aucune ville on est aussi bien accueillis», conclut-elle.