Mylène Moisan, journaliste au Soleil, vient de publier une histoire vraie et émouvante, son premier ouvrage.

Maman est une étoile: le projet de Jolyane

Si Martin Létourneau a accepté de raconter son histoire à Mylène Moisan, en décembre 2013, c'est parce qu'il considérait qu'elle était «très belle, malgré tout.»
Jolyane Fortier à l'hôpital en compagnie de son mari Martin Létourneau et de ses enfants Nicolas et Mathias
<p>Mylène Moisan. <em>Maman est une étoile</em>. Les Éditions La Presse. 272 pages.</p>
C'est comme ça que commençait la chronique Maman est une étoile, une parmi d'autres, que la journaliste du Soleil a rédigée après sa rencontre avec le jeune veuf, résidant de Saint-Nicolas.  
Cette «belle histoire», c'est en même temps une histoire d'une tristesse infinie, celle d'une femme, Jolyane Fortier, mère de ses deux jeunes enfants, infirmière passionnée, fauchée en plein élan à 31 ans, par un cancer du sein agressif.
Une histoire qui a ému des milliers de lecteurs quand Mylène Moisan l'a racontée, à quelques jours de Noël, en 2013. Et qui a aussi ému des milliers de téléspectateurs de l'émission de rénovation On efface et on recommence, dont la petite famille a été la vedette du premier épisode. «Ma chronique, je l'ai écrite en 1000 mots, et j'avais le sentiment d'avoir raconté toute l'histoire», raconte la journaliste. La suite allait lui prouver que non.
Jolyane était du genre à ne rien laisser au hasard. C'est ce qu'on ressent en lisant Maman est une étoile, le livre. Un peu plus d'un an après sa mort, c'est finalement en 60 000 mots que Mylène Moisan raconte son combat contre la maladie, oui, mais aussi la vie avant... et la vie après. Tout ça, sans qu'elles ne se soient jamais rencontrées.  
«Tous les efforts qu'elle déployait pour rester belle, pour toujours présenter un bon côté à son entourage... Elle voulait que ses enfants, sa famille, ses amis gardent un beau souvenir d'elle. Elle a beaucoup travaillé à ce que ce soit une belle histoire jusqu'à la fin», analyse Mylène Moisan. On comprend, entre les lignes, que Jolyane avait inconsciemment préparé le terrain, en écrivant un cahier à l'intention de ses deux jeunes fils, Mathias et Nicolas, en rassemblant des photos, en envoyant à tout un chacun une note d'appréciation, un souvenir, une pensée. Autant de façons de ne pas être oubliée.
Proposition du livre
Ce n'est que l'automne dernier que l'idée d'un livre a germé. Quand Mylène Moisan a approché Martin Létourneau avec le projet, il a embarqué, sans réserves. Toute la matière était là. 
Mylène a passé du temps avec Martin et avec les inséparables amies de Jolyane. Elle a rencontré Ginette, sa mère et proche confidente. «On l'avait un peu oubliée dans l'histoire. C'est incroyable, ce qu'elle a fait, cette femme-là. Elle a une fille qui meurt et une autre fille qui accouche à une semaine d'intervalle. J'aurais voulu inventer cette histoire-là que je n'aurais pas pu», balance l'auteure. 
C'est ainsi qu'ils ont tous poursuivi «le projet de Jolyane». «J'ai mis ma plume au service de son histoire à elle», explique Mylène Moisan.  
Pour faire un portrait complet, il a fallu remonter aux débuts de l'histoire d'amour entre Martin et Jolyane. Des balbutiements de leur relation à leur première maison, la naissance de leur premier fils, et du deuxième, l'apparition de cette petite bosse, grosse comme une tête d'épingle, ce tiraillement dans le sein... 
Puis le premier combat. La rémission. La rechute... «Cette fille-là n'était pas connue du grand public. C'est une femme de la rive-sud de Québec qui a eu un cancer, comme plein d'autres, mais on dirait que son histoire a vraiment touché les gens», constate-t-elle.
Ce qu'on comprend aussi en lisant Maman est une étoile, c'est que Jolyane avait un charisme magnétique, une personnalité rare et authentique qui attirait l'attention. 
Maman est une étoile est un genre de biographie. «Une histoire vraie», plutôt. «Ça aurait été beaucoup plus facile d'écrire de la fiction», constate aujourd'hui Mylène. Parce que même si le résultat se lit comme un roman, sa rédaction a nécessité un travail journalistique intense. «Chaque fois qu'il y a un nom, un lieu, une date, tout a été vérifié». 
Histoire forte
L'auteure, dont c'est le premier ouvrage long, dira aussi plus tard :«L'histoire est plus forte parce qu'elle est vraie.»
Pour une histoire forte, c'en est toute une. Le genre de livre qu'on termine avec une féroce envie de vivre pour tous ceux qui, comme Jolyane, n'ont pas pu le faire assez longtemps. C'est une belle histoire, «malgré tout». Mais c'est difficile aussi. Certains passages, malgré une sobriété dans l'écriture qui s'en tient aux faits, sont difficilement soutenables. Celui du mariage à l'hôpital, celui de la mort, évidemment. Et pleins d'autres petits moments déchirants, au détour d'une page, d'une phrase. 
Heureusement, il y a aussi beaucoup de lumière. Et cette impression que Jolyane, du haut de cette étoile où elle a promis à ses enfants de veiller sur eux, a réussi à réaligner les astres qui ont fait dévier sa vie et lui redonner un peu de sens.