Pauline Marois et Philippe Couillard

Mais quand seront-ils prêts?

Tout le monde s'attendait à des échanges corsés entre Pauline Marois et Philippe Couillard. C'est François Legault qui a le plus surpris avec des propos concrets et des réparties bien placées. Sa meilleure citation est venue dans une répartie à Pauline Marois sur les 450 millions $ investis par le gouvernement dans le projet de cimenterie à Port-Daniel. «J'aime bien les Gaspésiens, mais je n'aime pas le gaspillage.» Si l'un des chefs a fait des gains au cours de ce débat, c'est celui de la Coalition avenir Québec qui a su profiter des échanges pour présenter les positions de son parti.
Pauline Marois a été d'une grande efficacité pour défendre les politiques de son gouvernement, mais elle n'a convaincu personne avec sa nouvelle ligne de presse, à savoir qu'il n'y aura «pas de référendum tant que les Québécois ne seront pas prêts». 
Mais quand seront-ils prêts? Et comment vérifiera-t-on s'ils sont prêts? Pas de réponse. La position du Parti québécois (PQ) sur le sujet demeure aussi floue qu'elle l'était avant le débat. Philippe Couillard a d'ailleurs manqué une belle occasion de marquer des points pendant cette portion du débat en se laissant entraîner dans une discussion sur la laïcité par Mme Marois, au lieu de réclamer des explications sur le référendum. C'est François Legault qui a poussé Mme Marois dans les câbles en lui demandant à deux reprises de s'engager à ne pas tenir de référendum au cours des quatre prochaines années d'un mandat péquiste.
Le débat sur la laïcité, que Mme Marois elle-même a lancé dans le quatrième quart du débat, n'a pas tourné à son avantage. Françoise David et François Legault se sont entendus pour y voir une simple stratégie électoraliste de la part du gouvernement. Même chose sur l'intention de Pierre Karl Péladeau de faire de la politique tout en conservant son contrôle sur 40 % des médias du Québec. «Ça m'apparaît d'une évidence crasse», a lancé Mme David.
Philippe Couillard a bien fait, mais il n'a pas brillé. Il a démontré une bonne connaissance des dossiers, mais il n'a pas su coller son argumentaire sur des faits ou des exemples aussi bien sentis que ceux de François Legault. Il a mal ciblé ses attaques pendant la portion du débat sur l'emploi au Québec. Au lieu de faire porter son argument sur le manque à gagner du gouvernement, il aurait dû s'en tenir à la question posée : combien d'emplois ont été perdus ou créés sous ce gouvernement? C'est François Legault qui a porté le ballon sur cette question en faisant valoir que le nombre total d'emplois à temps plein en février est le même qu'à l'arrivée au pouvoir du PQ. 
Pauline Marois a été combative et a démontré la même passion à laquelle elle nous a habitués au cours des derniers mois à l'Assemblée nationale. Mais elle a également montré sa vulnérabilité sur la question nationale et la possibilité d'un troisième référendum. Même constat dans le débat sur la laïcité, où l'unanimité de ses trois adversaires l'a mise sur la défensive.
Françoise David a eu un bon débat, mais elle n'a pas joué un rôle semblable à celui de 2012, alors qu'elle avait incarné le bon sens et l'appel à la raison. Elle a défendu le programme de son parti et sans se laisser séduire par les appels du pied des autres leaders qui ont tenté parfois de la prendre à témoin. On a vu, dans sa performance de jeudi soir, le résultat de l'expérience acquise depuis son arrivée à l'Assemblée nationale en septembre 2012. À 10 % dans les intentions de vote, Québec solidaire a de bonnes raisons d'espérer améliorer son sort le jour du scrutin.