Maïna: l'amour au temps de la liberté ***

Maïna est un film qu'il faut voir sur grand écran. Parce qu'on s'immerge dans ce récit d'aventures et d'amour magnifiquement adapté du roman éponyme à succès de Dominique Demers. Les images de la nature sauvage de la Basse-Côte-Nord sont spectaculaires et l'environnement sonore sans fausse note. Mais aussi parce qu'il nous fait découvrir un pan de notre histoire largement méconnu, celui des Premières Nations avant l'arrivée des Européens en Amérique du Nord.
Maïna (Roseanne Supernault), une jeune Innue, coule des jours heureux mais non sans difficulté auprès de sa tribu. La convoitée fille du chef (Graham Greene) doit également prendre soin de Nipki (Uapeshkuss Thernish), le jeune fils de sa meilleure amie décédée. Ce dernier est kidnappé par des Inuits venus chasser. Maïna se lance à leur poursuite. Lorsqu'elle les rattrape, l'Inuit Natak (Ipellie Ootova) reconnaît la femme qui hante ses rêves et la contraint à les suivre dans le Grand Nord.
Cette longue expédition, en canot, puis à pied, est une aventure aux multiples rebondissements, mais aussi une occasion pour le duo de s'apprivoiser et de surmonter la peur de l'autre. Michel Poulette mène habilement son récit, bien rythmé.
La petite troupe arrive ensuite chez les Inuits, où Maïna doit apprendre à s'intégrer dans une culture étrangère qui heurte ses valeurs, apprentissage d'autant plus difficile que la fille du loup est rejetée par les «hommes des glaces». Cette deuxième partie, presque un huis clos dans les igloos, s'enlise dans une certaine monotonie et dans les lieux communs de l'amour naissant, puis contraint. Le réalisateur tente d'insuffler une certaine vigueur avec un montage serré, mais le contraste avec la première moitié est trop marqué.
Michel Poulette (Louis 19) a su éviter les clichés et le regard condescendant sur la culture des deux peuples, en grande partie parce que le solide scénario de Pierre Billon respecte les grandes lignes du roman. Les traditions ancestrales revivent par la magie du cinéma sans que ce soit artificiel ou plaqué. Le spectateur a vraiment l'impression de partager l'âpre lutte quotidienne pour la survie, il y a 600 ans.
Le réalisateur a aussi profité de l'inclination naturelle des Autochtones à éviter de parler pour ne rien dire. Il a préféré faire parler ses images plutôt que ses personnages, ce qui est la base forte de la réalisation. À ce propos, il faut souligner le jeu très juste et naturel des acteurs qui avaient une expérience restreinte devant la caméra, surtout Roseanne Supernault, admirable dans le rôle-titre. Son rire est de la musique pour les oreilles.
Michel Poulette a également exploité les croyances des Amérindiens dans les rêves et les divinités pour greffer plusieurs séquences oniriques qui confèrent au film un petit aspect surnaturel.
Au final, Maïna est un film qui fait rêver. À ce que pouvait être l'amour au temps de la liberté. Et à un certain bonheur, même dans l'adversité.
Au générique
Cote : ***
Titre : Maïna
Genre : drame historique
Réalisateur : Michel Poulette
Acteurs : Roseanne Supernault, Ipellie Ootova
Salles : Clap et Sainte-Foy
Classement : général
Durée : 1h42
On aime : les images splendides, le jeu naturel des acteurs, pas cliché
On n'aime pas : l'essoufflement en deuxième partie