Le metteur en scène Jacques Leblanc (au centre), en répétition avec Antoine Bélanger (Pinkerton) et Isabelle Henriquez, (Suzuki). Pour sa quatrième mise en scène à l'Opéra de Québec, il a préféré mettre de côté la représentation folklorique de Madama Butterfly, misant plutôt sur le réalisme et la vérité.

Madama Butterfly à l'Opéra de Québec: le luxe de la création

Avec Madama Butterfly, à l'affiche au Grand Théâtre à compter de la semaine prochaine, Jacques Leblanc signe sa quatrième mise en scène à l'Opéra de Québec. Pour une rare fois, l'homme de théâtre a l'occasion de travailler avec des décors et des costumes entièrement neufs créés à Québec. Du sur-mesure, quoi.
Après Hansel et Gretel de Humperdinck, La veuve joyeuse de Lehar et Falstaff de Verdi, Jacques Leblanc se mesure à son premier Puccini. «On parle d'une oeuvre assez bien écrite», fait-il, sourire en coin. On aura saisi la litote. «La musique nous dit tout», ajoute-t-il, avec humilité.
Jacques Leblanc a mûrement réfléchi à ce qu'il voulait faire de Butterfly. «Je suis passé par toutes sortes de trucs. J'ai fait plusieurs recherches sur Nagasaki en 1900. Il y avait des buildings à trois étages sur le bord de la mer, avec des escaliers. Mais après avoir vu le show de Robert [Lepage, La damnation de Faust], ça a fait : "Non!" Plus tard, je suis allé à Londres au British Museum. À l'étage du Japon, je suis tombé sur une estampe représentant une maison sur pilotis, avec des ponts, à Nagasaki. Je fais : "Ah! mon Dieu! Il me semble que ça devrait être ça!"»
Oubliez la représentation folklorique. La production fait plutôt dans le réalisme et la vérité. «Avec une touche de poésie», indique le metteur en scène. La maison de Cio-Cio-San a été conçue à la manière d'une île. Les éclairages donneront l'impression qu'elle est entourée d'eau. Les ponts qui la relient à la terre tomberont l'un après l'autre. De cette façon, l'héroïne se trouvera de plus en plus isolée du monde, au propre comme au figuré.
«Ce que je mets de l'avant, ce sont les sentiments», tient à préciser Jacques Leblanc. «Cette espèce de grande fabulation que Butterfly se fait par rapport à Pinkerton, c'est presque un conte. Elle ne voit absolument pas le machisme, le manque de savoir-vivre de cet homme qui fait semblant de la marier uniquement pour coucher avec. Il repart quelques jours plus tard et il s'en fout complètement. Un moment donné, il doit revenir. Lorsqu'il apprend qu'elle a un bébé, il décide de le lui enlever. C'est vraiment une histoire humaine extrêmement dure!»
<p>L'interprète de Butterfly, Yunah Lee</p>
«Je ne me lasse jamais» - Le chef Giuseppe Petraroia
Madama Butterfly donnera au public de Québec l'occasion de découvrir le chef d'orchestre Giuseppe Petraroia. Si celui-ci est né à Montréal, c'est dans l'Ouest canadien qu'il a été le plus actif jusqu'ici.
Le maestro a dirigé l'oeuvre de Puccini plus d'une fois, notamment à l'Opéra de Montréal en 2008. Pour lui, cette nouvelle production est une occasion d'aller encore plus loin dans l'interprétation. «Je ne me lasse jamais de Butterfly, dit-il. C'est une musique qui vous prend. Même si ça fait 10 fois qu'on la voit, la scène finale est un moment toujours aussi émotif.»
Giuseppe Petraroia travaille pour la première fois avec le metteur en scène Jacques Leblanc. «Jacques est très respectueux du texte et de ce que Puccini envisageait, dit-il. Il reste fidèle à l'histoire. Ce n'est pas trop flyé. C'est vraiment une collaboration. Pour moi, l'important est de laisser l'histoire se raconter en musique, de trouver le bon rythme, le pacing. L'oeuvre tire son émotion dans la musique de Puccini. Il y a un parfum, l'essence de l'Orient. On parle beaucoup d'arbres en fleurs. C'est comme si on les voyait dans la musique.»
L'équipe travaille depuis près de deux semaines et tout le monde semble en forme et en voix. Yunah Lee, l'interprète de Butterfly, a chanté le rôle à plusieurs reprises. «Elle arrive avec une grande expérience du rôle, indique le chef. C'est agréable de travailler avec elle. Elle apporte de bonnes idées.»
Antoine Bélanger fait ses débuts dans le rôle de Pinkerton, et Peter McGillivray dans celui de Sharpless. «Ils font preuve de beaucoup d'empathie sur scène, même si Pinkerton, en soi, n'est pas un personnage très sympathique!»
Vous voulez y aller?
Quoi : Madama Butterfly
Qui : avec Yunah Lee (Cio-Cio San), Antoine Bélanger (Pinkerton), Peter McGillivray (Sharpless) et Isabelle Henriquez (Suzuki); chef d'orchestre : Giuseppe Petraroia; mise en scène de Jacques Leblanc
Où : salle Louis-Fréchette
Quand : le 19 octobre à 19h et les 22, 24 et 26 octobre à 20h
Billets : à partir de 48 $
Tél. : 418 643-8131