Lyne Fortin

Lyne Fortin: neige et confettis

Le Gala de l'opéra est une belle occasion de découvrir les jeunes étoiles montantes tout en appréciant le talent des chanteurs établis. «C'est juste avant Noël, souvent il neige, et il y a toujours des confettis à la fin. J'adore ça!» s'enthousiasme déjà la soprano Lyne Fortin, une habituée de l'événement-bénéfice depuis ses tout débuts.
Il y a 25 ans, alors qu'elle était encore une jeune chanteuse méconnue, elle ouvrait le Gala en chantant un air de Juliette dans l'opéra de Gounod. Elle fait maintenant partie des chanteuses classiques canadiennes les plus renommées.
Lyne Fortin n'a pas eu l'impression de passer d'un groupe à l'autre, mais plutôt de commencer sa carrière dans la cour des grands. «Quand j'ai commencé à chanter, j'ai commencé à chanter partout. J'ai été vite une jeune débutante pro», constate celle qui est directement passée de l'Université Laval aux plus grands ateliers lyriques. «Je n'ai à peu près pas fait de concours, parce que j'avais des contrats. Je vois les jeunes maintenant qui se garrochent et qui s'épuisent dans d'innombrables concours et je me dis que j'ai été chanceuse.» De fait, elle a joué le premier rôle féminin de tous les opéras dont elle a fait partie. Tous sauf un, précise-t-elle. «Frasquita dans Carmen à l'Opéra de Québec alors que j'étais encore à l'école.»
Elle avait commencé une formation collégiale en sciences pures avant que le mal du pays (elle était loin de la maison familiale pour la première fois) lui donne envie de se concentrer sur ce qu'elle aimait profondément : chanter. «Ça faisait complètement partie de ma vie. C'était tellement évident et naturel pour moi, que je ne me rendais pas compte que c'était extraordinaire pour d'autres», raconte-t-elle. D'une chorale au Choeur de l'opéra de Québec, il n'y avait qu'un pas, qu'elle n'a pas tardé à franchir.
De ville où elle se sentait isolée, Québec est dès lors devenue un foyer. «Là où j'ai fait mes premières armes, mon village, même si je suis établie à Montréal depuis des années», indique Mme Fortin.
Génétique et travail
Une belle voix d'opéra naît du mélange de prédispositions génétiques et de travail acharné. Dans le cas de Lyne Fortin, un père violoneux et une mère à la voix d'or, qui aimait turluter, auront ouvert la voie. «On avait toutes sortes d'instruments chez nous : contrebasse, xylophone, batterie, violon, euphonium», se souvient-elle. Les défis du chant classique l'ont rapidement séduite. «C'est un peu comme un sport olympique. Il faut perfectionner la voix naturelle de manière à ce qu'elle soit décuplée et puisse résonner sans micro, avec 80 musiciens en arrière», explique-t-elle.
Quant aux partitions, elle les dévore comme des romans, s'attardant aux moindres détails et savourant leur vocabulaire et leur élan. 
Forte de son expérience, Lyne Fortin enseigne beaucoup, en insistant pour que chacun de ses élèves trouve sa voix propre. «Quand on a confiance en sa voix, normalement, la nervosité s'en va», leur répète-t-elle. La soprano continue également de consulter ses propres mentors, pour s'assurer que sa voix se développe comme il se doit.
«Il y a des gens qui chantent mal toute leur vie et à partir de 35 ans, ça commence à paraître. C'est ce qui donne mauvaise réputation aux chanteurs qui vieillissent, indique-t-elle. «En vieillissant, le larynx, qui est fait de cartilage, commence à s'ossifier. Ce qui fait que la voix change et devient plus belle, mais seulement si on a bien travaillé!»
Lyne Fortin aura un bref répit après le Gala, puisqu'elle s'envolera le 4 janvier pour Calgary, où elle doit jouer la Comtesse dans Les noces de Figaro. Elle planche déjà sur le programme «très difficile et complexe» de Die tote Stadt (La ville morte) de Korngold, qu'elle chantera au même endroit l'an prochain.
=> Au programme
Gli arredi festivi, Nabucco, Verdi
Amour, ranime mon courage!,Roméo et Juliette, Gounod
Cielo e mar, La Gioconda, Ponchielli
O mio babbino caro, Gianni Schicchi, Puccini
Largo al factotum, Le barbier de Séville, Rossini
Air de Marietta, Die tote Stadt, Korngold
O Mimi tu più non torni, La bohème, Puccini
Depuis le jour..., Louise, Charpentier
Chanson gitane, Carmen, Bizet
Cortiggiani, vil razza dannata, Rigoletto, Verdi
Invocation à la lune, Rusalka, Dvoák
E lucevan le stelle, Tosca, Puccini
Quanto cielo, quanto mare, Madama Butterfly, Puccini
Dunque io son, Le barbier de Séville, Rossini
Vesti la giubba, I Pagliacci, Leoncavallo
Some Enchanted Evening, South Pacific, Rodgers et Hammerstein
I Dreamed a Dream, Les misérables, Schönberg et Boublil
Choeur à bouches fermées, Madama Butterfly, Puccini
Au fond du temple saint, Les pêcheurs de perle, Bizet
O soave fanciulla, La bohème, Puccini
Quatuor (Un di, se ben rammentomi), Rigoletto, Verdi
• Ain't got Time to Die, Spiritual, a capella, Johnson
Minuit chrétiens, Adam
Le baryton Jean-François Lapointe.
=> Les solistes
• Karine Boucher, soprano
• Leslie-Ann Bradley, soprano
• Gregory Dahl, baryton
• Lyne Fortin, soprano
• Roger Honeywell, ténor
• Jean-François Lapointe, baryton
• Marie-Josée Lord, soprano 
• Lauren Margison, soprano
• Stéphanie Pothier, mezzo-soprano
• Luc Robert, ténor
• Alexandre Sylvestre, basse
• Éric Thériault, ténor
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=> Vous voulez y aller?
Quoi : Gala de l'opéra
Qui : l'OSQ, le Choeur de l'opéra de Québec et 12 solistes, sous la direction du chef David Lipton et du chef de choeur Réal Toupin
Quand : jeudi à 19h30
 : à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre
Billet : 59 $ à 159 $
Info : 418 643-8131