Lumières: architecture incandescente

Le Séminaire de Québec offre un impressionnant cadeau aux citoyens de Québec et aux visiteurs à l'occasion de son 350e anniversaire. Une création mixmédia signée Olivier Dufour prend vie sur deux murs de la cour intérieure et joue de belle façon avec l'architecture et l'histoire, même si l'ambiance est parfois un peu trop près de l'épopée elfique.
Tout comme Le mur du son, présenté par Dufour lors des Fêtes du 400e de Québec, Lumières, l'étonnante destinée du Séminaire de Québec allie musique et projections monumentales. Mais cette fois, outre deux enfants et un homme qui font de courtes incursions dans la cour, il n'y a aucune présence humaine en direct. On cherche vraiment à ce que ce soit les murs qui nous racontent la fable.
Les gradins sont justement situés devant la jonction de deux murs, dans un coin de la cour. L'image des fenêtres et des pierres est projetée sur les écrans qui couvrent la véritable bâtisse. Le leurre est structurant et permet de faire beaucoup d'effets intéressants (incendie, lumières mystérieuses qui émanent des fenêtres, silhouettes, jeux géométriques, voire numériques). Lorsque la construction du Séminaire est évoquée, des fondations s'élèvent, des poutres de bois puis des murs de briques se construisent graduellement sous nos yeux attentifs.
Nous ne sommes pas dans la fresque historique, même si les périodes et les événements importants de l'histoire du Séminaire sont évoqués en ordre chronologique. Plutôt dans la fable mystique, dans la parabole et dans la sublimation. Plusieurs symboles irradient de la jonction des murs; arbre de la connaissance, arbre de vie, coeur battant... et des paysages aux tons arc-en-ciel parcourus à vol d'oiseau donnent l'impression que Québec est une contrée de conte de fées. C'est un peu trop, surtout lorsque ces images idylliques sont appuyées par les grands élans lyriques de la musique de Frédéric Bégin, autrement assez bien dosée.
On trouve aussi certaines scènes muettes jouées par des comédiens de Québec, dont Roland Lepage qui incarne Monseigneur de Laval. Tournées en plongée ou en plan rapprochés, ces portions montrent les hommes de foi dans toute leur bonté et leur détermination. Si les segments qui jouent avec l'architecture impressionnent pour leur qualité graphique, les passages narratifs, qui empruntent aussi à l'esthétique des jeux vidéo et de jeux de rôles, semblent plus faibles.
Fibre nostalgique
C'est dans les moments à l'ambiance plus poétique, simplement et brillamment évoqués par quelques effets spéciaux (brume, neige artificielle, jeux d'enfants) et des photos et vidéos d'archives, que Lumières devient touchant et accroche notre fibre nostalgique.
Il y a une aura magique à l'illumination de la magnifique cour intérieure du Séminaire, un important lieu fondateur, serti d'histoire et modelé par les époques et par les vies humaines. Lorsque les lucarnes s'illuminent, que des faisceaux lumineux montent dans le ciel étoilé et que la brume nous enveloppe, c'est d'une beauté indéniable.
Lumières est présenté à 21h30 et à 22h30 tous les soirs jusqu'au 31 juillet au 1, côte de la Fabrique. Contribution volontaire, 250 places, réservations au www.350eseminairedequebec.com.