Gravement malade, Jolyane Fortier a dû se marier à l'hôpital. Elle a été emportée par le cancer à 31 ans.

L'ultime cadeau de Jolyane

En presque 20 ans de métier, je ne me souviens pas avoir vu autant de journalistes pleurer dans une projection de presse. Il faut s'agripper à une boîte de mouchoirs pour réussir à passer à travers l'émission On efface et on recommence, qui débute vendredi à 20h à Canal Vie.
Déjà, je n'avais pu m'empêcher de verser quelques larmes en lisant ma collègue Mylène Moisan, qui racontait en décembre l'histoire infiniment triste de Jolyane Fortier, une maman de deux garçons de Saint-Nicolas, décédée d'un cancer à 31 ans. Un papier si touchant, «Maman est une étoile», qui a ému bien des lecteurs à quelques jours de Noël. Parce qu'une mère ne peut pas mourir à 31 ans, alors qu'elle nage en plein bonheur avec son charmant conjoint et des enfants en bas âge.
En pleine tourmente, le couple avait soumis sa candidature à la nouvelle émission de Chantal Lacroix, créée à l'intention de propriétaires qui ont dû abandonner des travaux de rénovation parce qu'ils traversent de dures épreuves. L'équipe d'On efface et on recommence est arrivée juste à temps pour remettre à neuf la maison orange et jaune, peu attrayante, que Jolyane souhaitait laisser comme legs à ses garçons.
La vie ne fait pas toujours bien les choses, et Jolyane n'a hélas jamais pu voir sa maison terminée. Mais la caméra a pu capter son mariage avec Martin Létourneau, qui a dû être prononcé plus tôt que prévu dans la chambre d'hôpital de Jolyane. Le moment le plus émouvant de l'émission, qui lance la série vendredi soir.
Dans la continuité de Donnez au suivant, Chantal Lacroix ne faillit pas à son rôle de distributrice de bonheur dans cette nouvelle série de sept émissions. La première histoire n'est évidemment pas hop la vie, même si Jolyane Fortier, dans ses derniers instants, réussissait encore à blaguer sur son état, et qu'on admire sa façon d'aborder la mort. Dans la quatrième émission, un couple se remet péniblement de la mort de sa plus jeune fille. Il demeure incapable de remettre les pieds dans le garage où le père a trouvé sa fille pendue. Une peine d'amour jamais guérie.
Chantal Lacroix insiste : d'autres cas sont moins lourds, même s'ils partent tous d'un problème. Par exemple, les parents de la jeune Ariane, atteinte de paralysie cérébrale, souhaitent simplement s'accorder du temps de repos au salon, mais leur maison ne le permet pas. Chantal court à la rescousse.
Les matériaux sont fournis par des entreprises, mais aussi la main-d'oeuvre. Et contrairement à d'autres émissions du genre, les noms des commanditaires sont cités discrètement et non placardés de manière agressante. Par contre, les conseils de rénovation qu'on tente de saupoudrer ici et là dans l'heure paraissent tout à coup futiles et superflus. Les coûts vont de 57 000 à 175 000 $ par projet, ce qui serait impossible sans commanditaires.
Il est assez admirable de voir que de nombreux bénévoles, pompiers, ouvriers ou simples citoyens, offrent leurs services, dans un esprit de communauté et d'entraide. Tout le monde met la main à la pâte pour réaliser les projets soumis à Chantal Lacroix, qui anime, réalise, produit la série et participe aux travaux.
On efface et on recommence, que Chantal Lacroix associe davantage à un magazine qu'à de la téléréalité, est ce qu'elle a fait de meilleur depuis Donnez au suivant. Oui, c'est de la télé, mais on sent chez l'animatrice un réel désir de faire une différence dans la vie de gens qui en arrachent. Pas de faux-semblant.
Chantal Lacroix assure qu'on ne laisse pas les participants à eux-mêmes après le tournage, et qu'on garde un oeil sur eux. La productrice est en plein recrutement pour sept autres émissions prévues à l'automne à Canal Vie.