Durant toute sa carrière, Louise Gareau s'est battue pour que les infirmières occupent la place qui leur revient.

Louise Gareau: une superinfirmière avant l'heure

Lauréat : Louise GareauOccasion : Elle a reçu le Grand Prix de l'avancement de la femme 2009 du YWCA cette semaine et le prix Florence de l'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec le 5 mai dernier.
Dans son charmant logement verdoyant de la rue Crémazie, Louise Gareau profite d'une retraite bien méritée. Mais à la seule évocation de son militantisme, cette infirmière hors normes, féministe-socialiste avouée, qui s'est dévouée pendant 50 ans à la santé des femmes d'ici et d'ailleurs, se met à raconter de grands pans de sa vie avec animation.
Lorsqu'on sait qu'elle a milité au plus fort de la montée du féminisme dans les années 60 et 70, qu'elle a connu le Nicaragua révolutionnaire et le Rwanda avant et après le génocide et qu'elle a pratiqué des avortements clandestins, on imagine mal Louise Gareau prendre tranquillement soin de ses plantes et de ses petits-enfants...
Louise Gareau est une superinfirmière avant l'heure. Elle n'a rien à envier à ces praticiennes, qui peuvent diagnostiquer et prescrire certains médicaments. «Je faisais déjà ça il y a 30 ans!» rappelle celle qui a connu toutes les réformes et les ratés du système de santé québécois depuis la Révolution tranquille.
Dans les années 80, au Centre de santé des femmes de Québec, la première clinique à faire des avortements dans la région, elle était l'unique infirmière en poste : «J'évaluais les patients, je posais des stérilets, je faisais les Pap tests [les cytologies], les tests pour les MTS... je faisais tout», raconte-t-elle.
Même au début de sa carrière, avant de se spécialiser en périnatalité et en santé des femmes, l'infirmière était éprise d'autonomie et voulait exercer sa profession en première ligne. Le CLSC de la Basse-Ville, où prostitution, drogue, MTS et mortalité infantile étaient monnaie courante, représentait l'endroit idéal pour agir et faire une différence : «Toutes les femmes de l'Étape, des femmes battues, mal en point, misérables, étaient examinées et traitées chez nous», se souvient-elle.
Témoin de première ligne
La militante garde aussi en mémoire les injustices dont elle a été témoin dans les hôpitaux. À l'époque où il n'y avait pas d'assurance maladie, elle a vu un travailleur se faire recoudre un bras sans qu'on prenne la peine de rattacher les tendons, parce qu'il n'avait pas d'assurance : «J'étais dans le début de la vingtaine, et je me rappelle encore du visage de l'homme, à cause de ma colère.»
Refusant d'être l'exécutante passive des volontés des médecins et du système, Louise Gareau s'est battue pour que les infirmières occupent la place qui leur revient : «Je n'ai jamais pensé qu'un médecin était mieux qu'une infirmière et j'ai toujours dit que c'était deux professions autonomes qui se complétaient, explique-t-elle. Le médecin est là pour diagnostiquer, traiter et guérir la maladie. L'infirmière est là pour soigner. Rétablir l'état normal.»
Pour réagir à la surmédicalisation qui entourait, et qui entoure toujours, la grossesse et l'accouchement, elle a mis sur pied
Les accompagnantes, un organisme toujours actif qui compte aujourd'hui une vingtaine d'intervenantes.
Le parcours singulier de Louise Gareau est jalonné de rencontres marquantes. Elle a fait des recherches sur le VIH avec Maria De Koninck, a lutté avec le controversé Dr Morgentaler, décoré de l'Ordre du Canada l'été dernier.
Mais que ce soit avec les sages-femmes du Nicaragua, qu'elle a côtoyées pendant cinq ans, avec des collègues qui l'ont soutenue dans ses luttes ou avec les filles de la guérilla colombienne, pour l'activiste, le féminisme est une affaire de femmes. «Sans ces alliances, sans cette solidarité, je n'aurais pas fait grand-chose», dit-elle, les yeux encore brillants des souvenirs qu'elle vient d'évoquer.