Le jeu physique d'Olivier Forest et Benoît Lemay parle de lui-même, surtout que la pièce L'oubliette se veut un spectacle sans paroles.

L'oubliette: simagrées chorégraphiées

Si une image vaut mille mots, le Théâtre À Tempo nous prouve que le mouvement peut être aussi riche avec sa pièce de théâtre clownesque L'oubliette. Rythmé à souhait, le spectacle sans paroles présenté aux Gros Becs ne manque surtout pas de verve.
Dans ce qu'on devine être une cellule de prison, deux acolytes attachés l'un à l'autre écoulent leurs jours dans une routine confortable. On comprend bien vite, cependant, qu'un des deux prisonniers profite gaiement de l'autre... et y prend tellement goût qu'il ne veut même pas s'évader quand l'occasion se présente! Le deuxième prisonnier, un peu niais et surtout manipulé, commence cependant à vouloir se rebeller. Les choses dérapent quand une grande boîte est livrée aux deux prisonniers. À l'intérieur, une fille, qui viendra semer la pagaille dans le «vieux couple» de taulards, dans le but avoué de sortir son amoureux de sa fâcheuse position.
Le scénario est facilement compréhensible, même sans dialogue. Le jeu physique des acteurs parle de lui-même. Les comédiens mettent de l'avant des routines de percussion corporelle (body percussion), où ils créent une ligne rythmique au gré de leurs mouvements, en se tapant sur le corps et en claquant des pieds dans une chorégraphie bien huilée. L'effet comique est franchement rafraîchissant, mais ce sont encore plus les mimiques impayables d'Olivier Forest et de Benoît Lemay qui séduisent à tout coup et provoquent le rire chez les plus jeunes. Ce sont d'ailleurs eux qui sont les plus prompts à embarquer dans l'imaginaire développé par la pièce, si on en juge par les réactions enthousiastes dans la salle, hier.
Slapstick et pantomime
Le Théâtre À Tempo, une compagnie de Québec qui veut mettre de l'avant le rythme et le mouvement dans ses créations, n'a pas hésité à amalgamer d'autres disciplines à sa mécanique clownesque de départ. Les parties dansées apportent beaucoup d'énergie à travers le personnage coloré interprété par Geneviève Kérouac, spécialiste de danse swing. Des segments de marionnettes amusants où des corps de carton sont apposés aux vraies têtes des comédiens ajoutent quant à eux de la fantaisie. Ces deux aspects nous permettent de nous évader un moment du décor de la prison et ouvrent la pièce sur quelque chose de plus grand qu'un simple exercice (fort bien réussi) d'humour physique mélangeant slapstick et pantomime.
Les comédiens produisent une bonne partie du bruitage en direct, un apport qui dynamise l'environnement. Ils le font notamment avec une cuisinette spéciale où une vieille planche à laver, une porte d'armoire et des objets hétéroclites servent à créer des lignes rythmiques amusantes. L'oubliette est une pièce sur l'intimidation et la manipulation. Le thème aurait pu être lourd, mais le rendu, peaufiné par la metteure en scène Soizick Hébert et le scénariste Jean-Philippe Lehoux, est totalement ludique et divertissant.
La pièce L'oubliette est présentée aux Gros Becs jusqu'au 9 mars et s'adresse aux enfants de sept ans et plus.