Daniel Lebel, ingénieur, président de l'Ordre des ingénieurs du Québec

L'Ordre des ingénieurs du Québec met la barre haute

L'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) souhaite faire de la province une référence mondiale en matière d'intégrité et d'efficacité dans les pratiques d'affaires en génie.
<p>Nombre de demandes d'enquête</p>
«Nous devons tirer des leçons de ce qui se passe aujourd'hui afin qu'une telle situation ne se reproduise plus. La société québécoise et les firmes de génie-conseil doivent sortir grandies de cette crise et nous, ingénieurs, avons le devoir de devenir un modèle inspirant dans la manière de la résoudre», a déclaré Daniel Lebel, ingénieur, président de l'Ordre des ingénieurs.
Pour y parvenir, l'OIQ peut notamment compter sur l'appui de la relève en ingénierie afin de redorer une réputation qui a été entachée au cours des dernières années par la collusion et la corruption.
La commission Charbonneau est «un mal essentiel», estime Vincent Rodrigue, vice-président de l'Association des étudiants en science et génie de l'Université Laval (AESGUL). «C'est bien de noter les mauvais coups de quelques ingénieurs qui n'ont pas suivi le code d'éthique de l'ingénierie. L'Ordre va certainement, comme elle le fait en ce moment, réagir afin de redorer le blason de la profession.»
Comme outil pour diminuer la corruption et la collusion, «la formation continue est un bon moyen pour y arriver. Cela rappelle au monde l'éthique de la profession et les aide à être un meilleur ingénieur», ajoute l'étudiant de premier cycle.
800 enquêtes actives
Difficile aujourd'hui d'avoir une bonne opinion des ingénieurs avec la commission Charbonneau, qui nous révèle un côté sombre de l'ingénierie, mais ce n'est pas parce qu'une poignée d'ingénieurs ont rempli leurs poches que les 61 000 sont aussi coupables.
Le président de l'Ordre est très clair à ce sujet : «Aucun ingénieur n'est au-dessus des lois, de l'éthique et du Code de déontologie.»
Plus de 800 enquêtes sont en cours au sein du bureau du syndic, dont 550 portent sur des questions de corruption, de collusion et de contributions politiques illégales.
«Nous devons travailler ensemble à transformer les moeurs dans les pratiques d'affaires de l'industrie du génie et de la construction. Mais pas uniquement. Tous les milieux d'affaires doivent se remettre en question. Le Québec tout entier doit sortir grandi de cette crise. Ensemble, nous sommes capables d'opérer les changements nécessaires», a conclu M. Lebel.
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Contrer la corruption et la collusion
Afin d'éviter d'affronter une nouvelle commission, bien qu'elle ait été notamment réclamée par eux, l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) a mis à la disposition des citoyens et de ses membres plusieurs outils pour enrayer la corruption et la collusion. Son objectif premier : rétablir la confiance du public.
«Un programme d'audits des pratiques d'affaires des firmes de génie-conseil est en développement» en collaboration avec le Bureau de normalisation du Québec, a soutenu Daniel Lebel, ingénieur, président de l'Ordre des ingénieurs.
«Nous avons aussi lancé l'idée de créer un Institut indépendant sur l'intégrité qui serait spécialisé dans la vigie, la recherche et la diffusion des meilleures pratiques d'affaires dans le domaine de la construction et du génie dans le monde. En plus d'avoir des répercussions sur la capacité du Québec à gérer et à mener à terme des projets de qualité à coût abordable, cet institut fournirait de l'information constamment mise à jour. Il permettrait au Québec de se démarquer et de devenir une référence mondiale en matière de gestion de projets d'infrastructure et d'autres types de projets. Il laisserait également une trace indélébile, mais positive, de la crise actuelle», a ajouté le président.
Depuis septembre 2012, l'ingénieur est contraint de suivre un cours interactif en ligne afin de lui rappeler les grandes lignes de son code de déontologie. Il doit aussi prendre part à une formation continue de 30 heures, sur une période de deux ans, afin de pouvoir conserver son permis. La première période de référence s'étendait du 1er avril 2011 au 31 mars 2013.
L'OIQ estime que plusieurs de ses membres - 63 000 en 2012 comparativement à 61 000 en 2014 - avec la nouvelle réglementation ont préféré quitter la profession, mais que 98 % d'entre eux se sont conformés au règlement sur la formation continue et 97 % ont suivi le cours sur le professionnalisme.
Finalement, comme autre solution disponible pour contrer la corruption et la collusion, il y a la ligne 1 877 ETH-IQUE. Un ingénieur ne sachant pas comment réagir par rapport à une situation ou désirant plus d'informations peut y avoir recours. Il y trouvera des conseils, des solutions et des réponses. Cette ligne est aussi ouverte au grand public, aux personnes ayant des questions ou voulant dénoncer un comportement qu'elles jugent non éthique ou non professionnel. 1065 appels ont été reçus entre le 1er avril 2013 et le 31 janvier 2014.