«L'Odyssée du garrot d'Islande en Amérique», par André Dion

L'odyssée de L'odyssée...

André Dion voulait connaître mieux le garrot d'Islande, un oiseau bordé de mystère, très territorial de caractère, au front tombant comme un cran. Le mâle, a-t-il été établi, n'a pas le sens du nid. Il s'en va. Mais, après des observations patientes et soutenues, on a vu qu'il revient périodiquement «à la maison», aux côtés de sa compagne.
André Dion voulait connaître mieux le garrot d'Islande, un oiseau bordé de mystère, très territorial de caractère, au front tombant comme un cran. Le mâle, a-t-il été établi, n'a pas le sens du nid. Il s'en va. Mais, après des observations patientes et soutenues, on a vu qu'il revient périodiquement «à la maison», aux côtés de sa compagne.
Comeau en savait long sur l'oiseau. Il avait constaté que le bec orangé de la femelle devient noirâtre dès le début de l'incubation. Les ornithologues du temps auraient, selon M. Dion, donner leur chemise pour que pareille information puisse augmenter leur guide sur les oiseaux.
Rumeur de déversement de pétrole du côté du Saguenay! André Dion, rendu au soir de sa vie, craint qu'un navire éventré ne répande sa «mélasse» aux abords de Baie-des-Rochers, en bordure du Saint-Laurent, là où «ses» garrots passent l'hiver sans broncher. Il le fit, par amour, au péril de sa vie pour avoir dû livrer bataille, seul, contre les dunes de neige. Victime de sa «hardiesse ingénue». Quelques années avant, il était allé les contempler, près du cercle arctique, dans leur alma mater, l'Islande.
Jusqu'à la fin du siècle passé, la classe ornithologique était en mal d'informations sur cet oiseau jugé fantomatique. Elle avait mis Napoléon-Alexandre Comeau sous le boisseau. «On n'aurait pas perdu un siècle de connaissances si on l'avait écouté», accuse André Dion, qui raconte tout ça dans l'oeuvre de sa vie, publiée à compte d'auteur en 2009, sous le titre L'odyssée du garrot d'Islande en Amérique.
Dans ce livre érudit et d'une grande puissance littéraire, qui procède à la fois de la science, de l'histoire et du roman, «le héros», fait-il part au Soleil, «c'est un peu moi». On apprend que le carré Saint-Louis, aux premières lueurs de son épopée, lui a offert une tendre présence qui lui valut un gamin lui ressemblant comme deux gouttes d'eau. Ce fils, qui ignorait le lien qui les unissait, il ne l'a vu qu'une fois. Pour le reste, le monde bien pensant a ravi à André Dion aussi bien la mère que le fils.
Bien plus tard, au terme de son long pèlerinage, il revoit France. Le voilà fatalement reconquis par un battement de ses yeux et un sourire mélancolique. «Or, ici, qui prend mari prend oiseaux», a confié France au Soleil, il y a quelques années. Le couple habite à Magog, à l'ombre du mont Orford. Avec les ailés en partage.
«Quand on n'a pas aidé un oiseau dans notre journée, nous n'avons rien à dire», résume André Dion au sujet de la vie qu'ils mènent et de leur raison d'être.
Infos : fondationdesdion.com