«Je dois essayer de prendre ça plus à la légère. Sinon, je passerai pas à travers!» a partagé Élodie Pettigrew-Jean, voisine de la Résidence du Havre, où elle avait également été coiffeuse jusqu'à tout récemment.

L'Isle-Verte: une mémoire à vif

En plus d'habiter l'édifice à logements voisin de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, Élodie Pettigrew-Jean était la coiffeuse, jusqu'en septembre, des bénéficiaires du centre pour aînés. Elle a assisté, impuissante, à la perte tragique de plusieurs de ses anciens clients, sans pouvoir leur porter assistance. Depuis ce temps, la jeune femme n'arrive pas à chasser les images qui remontent sans cesse à sa mémoire.
Depuis la funeste nuit, elle n'a pu regagner son domicile. Son appartement est au coeur de la zone rouge. «On nous a dit qu'on allait être évacués pour une semaine, mais je suis sûre que ce sera pour plus longtemps», se désole-t-elle.
«Depuis la nuit de l'incendie, j'ai pas dormi beaucoup, indique la femme qui aura 22 ans en février. La nuit du feu, j'ai pas dormi une heure. Le lendemain, j'ai travaillé de 9 à 9. Ça a juste pas de bon sens. J'arrête pas de soupirer. Je dois essayer de prendre ça plus à la légère. Sinon, je passerai pas à travers!»
Même si elle coiffait quelques hommes de la résidence, sa clientèle régulière était les femmes, appelle affectueusement «mes madames». «Je m'entendais bien avec mes madames, laisse-t-elle tomber avec tristesse. Certaines venaient me voir tous les vendredis. La plupart, je les connaissais très bien. Elles me racontaient des choses qu'elles avaient faites. Certaines d'entre elles me voyaient plus souvent que leurs propres enfants. Elles me parlaient de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Certaines avaient été enseignantes.»
«J'allais les chercher à leur chambre, continue-t-elle. Elles aimaient ça. Elles disaient que j'étais comme de la visite. Je les amenais au salon de coiffure. Certaines étaient en chaise roulante, d'autres marchaient, mais très lentement. J'allais au-delà de mon travail de coiffeuse. J'avais presque un rôle de préposée. Je les trouvais attachantes plus que j'aurais pensé. Elles sont parties...»
Vers 1h15, dans la nuit de mercredi à jeudi, Élodie Pettigrew-Jean parlait au téléphone avec son amoureux lorsqu'elle a vu apparaître une intense lueur à sa fenêtre. C'est là qu'elle a aperçu des flammes dans le bâtiment voisin. «J'ai réveillé mon coloc, raconte-t-elle. Je me suis dit qu'il fallait les aider. On s'est habillés et on est allés sur les lieux. Mais le feu se propageait tellement vite!»
Voir la mort de près
Elle a assisté à la mort en direct d'une dame qu'elle avait souvent coiffée: Angéline Guichard. «J'ai crié à un pompier d'aller la chercher, relate-t-elle. Le feu a pris dans le dos de sa jaquette. Elle est tombée sur le balcon du troisième.»
Elle a aussi vu une autre de ses anciennes clientes régulières, Colette Lafrance, qui a sauté de son balcon, également du troisième étage. «Elle a été transportée en ambulance, mais elle a rien eu», se console-t-elle.
Elle se souvient également, à regret, d'une autre de ses «madames»: Adrienne Bérubé, dont on préparait le centenaire. «Elle était aveugle, mais elle était très fière de ses cheveux, souligne la coiffeuse. Elle m'avait dit qu'elle voulait pas vivre jusqu'à 100 ans. Elle le sentait.» La jeune femme a aussi perdu une grand-tante: Noëlla Pettigrew.
Élodie tient à souligner la bravoure de l'un des résidents, Arnaud Côté, qui a réussi à sortir trois personnes du bâtiment en flammes. «Merci, M. Côté, d'avoir sauvé la vie de Nélida Pettigrew, lance-t-elle comme un hommage à l'octogénaire. J'aimerais revoir tous ceux qui ont été rescapés.»