Bernardin Roussel et Réjeanne Beaulieu connaissaient plusieurs personnes qui sont disparues dans l'incendie de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte.

L'Isle-Verte: les résidents sous le choc

Impossible de trouver un endroit sans que les gens du village de L'Isle-Verte parlent de l'horreur qui a frappé dans cette nuit du 23 janvier. Impossible aussi de ne pas trouver quelqu'un qui ne connaissait personne qui a péri dans le terrible incendie de la Résidence du Havre. La population de près de 1500 habitants est sous le choc.
C'est le cas de Bernardin Roussel et de l'une de ses amies, Réjeanne Beaulieu. L'homme et la femme, tous deux âgés de 75 ans, ont perdu plusieurs connaissances dans la catastrophe. «Je connaissais bien un couple, souligne Mme Beaulieu. Ils sont décédés tous les deux. J'en ai eu la confirmation.»
«Parmi les victimes, il y a aussi mon ancien deuxième voisin, ajoute M. Roussel. Il était dans 90 ans. Il y a aussi une dame, qui était veuve. Elle est restée à côté de chez nous pendant 30 ans. Elle était à la Résidence depuis le mois de juin. J'entretenais sa cour l'hiver et l'été, je faisais sa pelouse.»
«Il y avait aussi un monsieur, continue le septuagénaire. Je le voyais souvent prendre sa marche tous les jours. Il a pas été capable de sortir dans le feu.»
Tout le monde se connaît
La responsable de la Friperie du Nordet, située tout près du lieu de l'incendie, vient de perdre plusieurs de ses clients. «On connaît tout le monde, indique Thérèse Rioux. Ça n'a pas d'allure! Ce n'est pas une belle façon de mourir.»
Heureusement, elle a appris qu'une résidente qui venait souvent pour lui faire la causette a été sauvée des flammes. Par contre, Mme Rioux sait qu'un client qui se rendait régulièrement au commerce a eu moins de chance.
«Il faisait de l'alzheimer, raconte-t-elle. Il arrivait ici et souvent, il se souvenait plus où il restait. J'allais le reconduire avec mon auto. Il y avait aussi un autre monsieur qui est venu me voir la semaine passée et il a dit qu'il reviendrait pour jaser. Mais il ne reviendra pas...»
Réveil brutal
Thérèse Rioux demeure tout près de la Résidence du Havre. Elle s'est réveillée par hasard au moment où l'incendie venait de prendre naissance. «J'ai vu une lueur par la fenêtre, relate-t-elle. J'ai appelé les pompiers, mais ils avaient déjà été appelés. J'ai regardé ça de chez nous. Le feu allait très vite.»
Annie Brisson n'est pas native de L'Isle-Verte, mais elle y demeure depuis bientôt 10 ans. «Je ne suis pas de la place, mais j'aime vivre ici», soutient la consultante en gestion de projets. «Les gens qui sont morts dans cette tragédie, je me dis que ça aurait pu être ma mère ou mon père. C'est en même temps une occasion de resserrer les liens. Une communauté, ça a un sens. Je suis solidaire à ma communauté. J'ai un lien particulier avec les gens d'ici. Juste de penser qu'il y a des gens qui sont morts dans une résidence qu'on voit tous les jours, c'est horrible. Imaginez le fils qui est monté dans une échelle pour sauver sa mère qui était au deuxième étage et qu'il n'a pas réussi... C'est terrible! Ces gens-là vont avoir besoin de soutien psychologique.»