Le copropriétaire de la Résidence du Havre, Roch Bernier

L'Isle-Verte: le préposé de nuit n'a jamais eu à participer aux exercices d'évacuation

Roch Bernier, le copropriétaire de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, dont l'incendie du 23 janvier a entraîné 32 personnes âgées dans la mort, n'a jamais exigé du préposé de nuit, Bruno Bélanger, qu'il participe aux exercices d'évacuation.
«Pourquoi?» lui a demandé la commissaire adjointe, Me Marie Cossette. «C'est parce que ça se passait de jour et qu'il travaillait de nuit, a-t-il tout bonnement répondu. La raison n'est peut-être pas bonne, mais c'est comme ça.»
Par contre, M. Bernier a affirmé, sous serment, que son employé, comme tous les autres, avait suivi des formations théoriques et connaissait les mesures d'urgence. Me Cossette l'a alors confronté puisque Bruno Bélanger a déclaré aux enquêteurs de la Sûreté du Québec qu'il n'avait jamais suivi de formation. «Tout le monde y passait», a-t-il martelé.
«Est-ce que vous êtes d'accord que M. Bélanger n'a pas été en mesure d'évacuer les résidents? a interrogé la commissaire adjointe. Est-ce qu'on peut s'entendre sur le fait qu'un préposé de nuit, qui n'a jamais participé aux exercices d'évacuation, n'était pas très équipé pour intervenir en cas d'incendie?» «Oui, on s'entend là-dessus», a fini par admettre Roch Bernier.
Me Marie Cossette lui a rappelé qu'il avait affirmé, dans une entrevue accordée au journaliste de l'émission Enquête de Radio-Canada, Alain Gravel, «qu'un seul employé ne pouvait pas réussir à évacuer une cinquantaine de résidents».
Le plan d'évacuation de la Résidence prévoyait, en priorité, d'aller réveiller la copropriétaire, Irène Plante, qui demeurait dans le bâtiment. «J'essaie de comprendre la consigne qui est d'aller réveiller Mme Plante à l'autre bout du bâtiment et qu'on puisse évacuer les résidents en huit minutes, a laissé tomber Me Cossette. Je suis ébahie.»
Le premier témoignage de la journée à être entendu au palais de justice de Rivière-du-Loup a été celui de Guylaine Larrivée de Saint-Paul-de-la-Croix. La femme de 54 ans est venue raconter qu'elle avait postulé à la Résidence du Havre en 1999 pour un poste de surveillante de nuit. Roch Bernier lui offrait un salaire de 2 $ de l'heure. Il justifiait ce salaire, selon la dame, au fait qu'il n'y avait «rien d'énervant» à occuper cet emploi. Il lui aurait dit qu'elle pouvait dormir sur ses heures de travail.
Roch Bernier a raconté que, dans la funeste nuit, il a été avisé par Irène Plante vers 00h30. Celui-ci est arrivé vers 00h40. «Je me suis stationné sur le bord de la route 132, a-t-il relaté. Je voulais avoir un point de mire de l'incendie, voir d'où ça venait. Les flammes sortaient d'en haut de la cuisine.» Il a alors fait le tour de l'édifice par l'extérieur et s'est approché de la porte principale, mais elle était verrouillée. Il n'a pu la déverrouiller puisque les clés étaient dans son bureau, à l'intérieur de la Résidence.
Le témoignage de l'autre copropriétaire, Irène Plante, a débuté sur l'heure du dîner.