Christian Morin est l'un de ceux qui a possiblement perdu deux êtres chers dans l'incendie du centre d'hébergement de L'Isle-Verte.

L'Isle-Verte: «J'ai vu une personne se faire brûler vive»

«Je ne pourrai jamais voir quelque chose de pire.»
Guillaume Morin-Boucher a tout vu et tout entendu du drame qui a touché la communauté de L'Isle-Verte. Des souvenirs qu'il aimerait faire disparaître de sa mémoire, mais qui y resteront longtemps gravés.
«J'ai entendu des cris. Des cris de mort, précise le jeune travailleur qui revenait de son quart de travail chez Du Breton. Il était alors environ 0h30. C'est quelque chose d'assez dur, lance-t-il, visiblement ébranlé par les images de détresse et d'horreur dont il a été témoin.
Enfin, les mots s'échappent. «J'ai vu une personne se faire brûler vive. C'est quelque chose qu'on ne veut pas voir dans sa vie», raconte-t-il.
À l'horreur s'ajoute l'impuissance. «Ce qui est plate, c'est qu'avec les flammes et la fumée, on ne pouvait rien faire. Il y avait une échelle, mais je ne pouvais pas aller chercher la personne. J'étais impuissant. J'aurais aimé porter secours, mais je ne pouvais rien faire pour ça.»
Autre témoignage
Christian Morin est l'un de ceux qui ont possiblement perdu deux êtres chers dans l'incendie du centre d'hébergement de L'Isle-Verte. Déjà bouleversé, l'épicier du village craint le moment où la communauté réalisera le trou béant créé par les disparus avec qui elle avait tissé des «petites habitudes» au quotidien.
«C'est un méchant trou. Tout le monde est dans le deuil. Tout le monde a de la famille [touchée par le drame]. Tout le monde a des amis. Pour une petite population comme nous de 1500 habitants, c'est un dur coup», lance-t-il, après avoir passé une nuit blanche.
M. Morin et sa femme, Nancy Charron, ont été témoins de l'incendie. Comme d'autres, ils ont entendu les cris et tenté de porter secours, en vain. «J'ai demandé à mon épouse si elle avait bien fermé la télé. Quand j'ai mis la tête sur l'oreiller, j'ai encore entendu des cris.»
C'est en regardant par la fenêtre qu'il a pris la mesure de ce qui se passait. Le couple est sorti pour alerter le voisinage et évacuer les immeubles autour dont celui dont il est propriétaire. «Le pire, c'est qu'on était inutile, impuissant. J'ai trouvé ça très dur. Ce qui fait encore plus mal, c'est de voir les gens courir dans la rue à la recherche de proches», relate-t-il.
Après cette nuit d'horreur, M. Morin craint une autre tragédie. Celui que fera naître l'absence des êtres chers. «On ne peut pas réaliser encore. Quand la pression et les nerfs vont tomber, ça va être dur.
«On avait tous des petites habitudes avec les résidents, poursuit-il. Quand j'allais leur livrer une commande, je pouvais rester 10 minutes à leur jaser. Ils te regardaient comme pour te dire: "Merci de m'avoir donné du temps". C'est l'fun. C'est des personnes qui en ont besoin», soutient-il.
La marraine et un oncle de M. Morin habitaient la résidence. Sa tante y était depuis seulement trois à quatre mois. Il a vu la dame pour la dernière fois il y a deux semaines. «Elle m'a demandé du chocolat. Je lui en ai apporté. C'était une bebitte à sucre», dit-il, en souriant.
Quand la température le permettait, son oncle se rendait à l'épicerie pour se procurer des bonbons et un billet de 6/49.
«On savait qu'ils étaient en fin de vie, mais ils n'étaient pas obligés de mourir comme ça», conclut-il.