Arnaud Côté, âgé de 84 ans, a réussi à sortir de la résidence en flammes.

L'Isle-Verte: «J'ai perdu tous mes amis»

Arnaud Côté a eu plus de chance que plusieurs de ses amis de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, en réussissant à sortir du bâtiment en flammes. Mais maintenant, il doit vivre avec des souvenirs qui le hantent et qui le font souffrir.
«J'entendais crier : "Au secours! Au secours!"» se souvient avec horreur l'homme de 84 ans. «C'est terrible! Je ne pourrai jamais oublier ça. Il va falloir que je vive avec ça.»
L'octogénaire, qui vivait à la Résidence du Havre depuis sept ans, a été réveillé par l'alarme d'incendie. «Je me suis habillé en vitesse et je suis sorti dehors en pantoufles, raconte-t-il, les lèvres tremblantes. Il y avait déjà d'autres personnes dehors. Moi, je suis en forme. J'ai pu sortir moi-même, sans difficulté. Mais je pense à tous ceux qui étaient en chaise roulante et qui avaient de la difficulté à marcher. Eux, ils sont restés pris dans le feu!»
Arnaud Côté est veuf depuis 10 ans et n'a pas d'enfants. «J'ai perdu tous mes amis», laisse-t-il tomber, la gorge nouée par l'émotion. «Je faisais beaucoup d'activités avec eux. Là, je me ramasse tout seul.»
La Croix-Rouge paie son hébergement au seul hôtel du village pendant trois jours. «Après, je sais pas encore où je vais aller, laisse-t-il tomber. J'ai tout perdu. Je suis assuré, mais il ne me reste plus rien, sauf les vêtements que j'ai sur le dos. Je ne pensais jamais de vivre ça, de passer au feu.»
Assailli par la douleur
Le rescapé s'est rendu à la friperie du village, question de pouvoir se procurer quelques vêtements de rechange pour les prochains jours. «J'aurais voulu lui donner le linge», indique la responsable de la Friperie du Nordet, Thérèse Rioux. «Mais je savais combien il avait bien trop d'orgueil pour ça!»
M. Côté a quitté le commerce à pied, sous un froid mordant. Une personne lui a offert d'aller le reconduire à sa chambre d'hôtel en voiture, mais il a refusé. «J'ai besoin d'être seul», a-t-il évoqué. Assailli par la douleur, l'homme est disparu sous l'oeil attentif de quelques clients empathiques.
«Ma tante a sauté du troisième étage»
Hier en fin de journée, Roland Lafrance se tenait debout depuis des heures, devant les cendres fumantes de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, qui sont devenues le tombeau de deux de ses tantes. L'homme est sous le choc. Il reste là, comme s'il cherchait à s'expliquer l'inexplicable. Une autre de ses tantes, Colette Lafrance, s'est arrachée du brasier. «Ma tante a sauté du troisième étage, raconte-t-il avec effroi. Une ambulance est arrivée et elle a été transportée à l'hôpital de Rimouski.»
L'homme, qui demeure au centre du village, n'arrive pas à quitter la scène du désastre. La noirceur venue, il regarde l'écran de fumée opaque qui se dégage de l'épave de la résidence pour aînés. Il est 17h30. L'incendie, qui s'est déclaré vers minuit trente, n'est toujours pas sous contrôle. Selon M. Lafrance, il semble même avoir repris de la vigueur. «Le feu est repris de plus belle», signale-t-il, catastrophé.
En colère
Il est planté devant l'autopatrouille de la Sûreté du Québec, comme s'il espérait avoir des réponses, des informations, des précisions. «Je suis en maudit parce qu'on réussit pas à savoir rien, déplore-t-il avec colère. Ils nous disent rien. Ma mère a appelé à l'hôpital de Rivière-du-Loup pour mes tantes qui manquent à l'appel. Elles font pas partie de la liste des blessés. Elles sont sûrement mortes, mais on veut pas nous le dire.»
L'Isle-Verdois exprime tout autant d'indignation devant la machinerie lourde qui recule et avance dans le brasier. «Ils sont là avec une pépine, indique-t-il. Qu'est-ce qu'ils font? Ils ont pas de respect pour les corps qui sont restés là-dedans!»
Un passant mentionne alors que ces travaux seraient justement pour sécuriser les lieux afin que les enquêteurs puissent commencer leurs recherches des dépouilles. «La cage d'ascenseur qui était restée debout risquait de s'effondrer, explique-t-il. Ça aurait pu être dangereux pour ces gens-là.»