L'Isle-Verte: au moins 5 morts, 10 blessés et une trentaine de disparus

L'incendie à la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, à l'est de Rivière-du-Loup, a fait 5 morts, 10 blessés et une trentaine de disparus selon le plus récent bilan des autorités, jeudi soir. Tous s'attendent à ce que le nombre de morts augmente au cours des prochains jours. Mais la recherche de victimes s'annonce longue et ardue en raison du froid et de la glace. Pendant ce temps, la communauté de 1500 âmes vit son deuil.
L'incendie a éclaté vers minuit trente à la Résidence du Havre, au 25, rue du Quai, à L'Isle-Verte.
Scène d'horreur cette nuit à L'Isle-Verte.
La scène de l'incendie, dont on ignore toujours la cause, a été confiée à la Sûreté du Québec (SQ), jeudi après-midi. Le but est maintenant d'amorcer rapidement les fouilles pour retrouver des corps dans les décombres de l'immeuble de trois étages. De la cinquantaine de locataires âgés qui y habitaient, une vingtaine seulement ont été rescapés.
Sur le plan opérationnel, l'événement est comparable à la tragédie de Lac-Mégantic, explique le lieutenant Guy Lapointe. «C'est une opération Filet quatre, où la SQ, le Bureau du coroner et le centre médicolégal travaillent en collaboration pour une gestion d'événements à décès multiples.»
Tôt, jeudi matin, une équipe de trois coroner composée de Renée Roussel, Marco Clavet et Andrée Kronstrom étaient sur place, secondée par deux pathologistes. «Le travail sera très difficile, mais nous pensons pouvoir identifier les corps avec les moyens conventionnels comme l'ADN et les fiches dentaires», explique Geneviève Guilbault du Bureau du coroner.
C'est dire que des murs seront érigés autour de la scène pour permettre le travail de recherche des victimes. Cette dernière tâche requiert minutie et patience. «Avec les conditions climatiques, l'eau a gelé», lance M. Lapointe. Sur les débris reposent de trois à quatre pouces de glace, jusqu'à un pied par endroits, selon le chef pompier de L'Isle-Verte, Yvan Charron.
La SQ n'a toutefois pas voulu expliquer les techniques qui seront employées pour dégager les corps, ni le temps que cela prendra. «Dans un cas comme celui-ci, il faut faire preuve de rigueur avant la vitesse», réplique M. Lapointe. Déjà, jeudi soir, la Sûreté déployait un système d'éclairage pour amorcer les fouilles de nuit.
La police n'était pas en mesure, jeudi, d'avancer d'hypothèse sur l'origine du drame ni de déterminer l'endroit où le sinistre aurait pris naissance. Évidemment, tout le monde sait pertinemment que le nombre de morts sera révisé à la hausse, probablement dès vendredi. Mais la SQ s'en tenait à trois morts lors de son bilan de jeudi.
«La complexité au-delà de ça, il faut déterminer qui était là au moment de l'incendie. Est-ce que des gens étaient en visite? Est-ce que des gens étaient à l'extérieur? On est en contact avec les familles. On veut être absolument certain du chiffre qu'on va avancer», résume le lieutenant Lapointe.
Parmi les questions soulevées, il y a celle de la présence ou non de gicleurs dans ce que tout le monde appelle «la vieille partie» de l'édifice qui a croulé. Le chef pompier a soutenu avoir entendu des gicleurs fonctionner alors qu'il se trouvait dans la partie de la résidence toujours debout.
Est-ce à dire que l'édifice était conforme? «Ce sont des éléments qui feront partie de l'enquête», indique succinctement M. Lapointe.
Travail difficile pour les policiers et les pompiers
Au total, 125 policiers ont participé à l'opération depuis le déclenchement de l'incendie peu après minuit dans la nuit de mercredi à jeudi. De ce nombre, trois ont été incommodés par la fumée. Deux d'entre eux ont été transportés à l'hôpital par ambulance.
Les pompiers de L'Isle-Verte ont reçu l'appel d'urgence autour de 0h22 dans la nuit de mercredi à jeudi. À l'arrivée de la première équipe moins de 10 minutes après l'appel, des flammes apparentes consumaient déjà l'édifice.
«C'était un brasier total. Le froid nous a aussi donné de la misère. Des camions et des tuyaux ont gelé. On a des trucs pour dégeler les camions et les tuyaux. On s'en est bien sortis. On a pu entrer dans la partie de l'édifice qui est restée debout», a précisé le chef pompier Yvon Charron.
Les camions de six municipalités ont été mobilisés pour combattre l'élément destructeur. Au total, une soixantaine de pompiers ont combattu l'incendie. Les 18 pompiers volontaires de L'Isle-Verte étaient nettement insuffisants pour venir à bout du sinistre.
Pour lui, il est clair que c'était impossible de rentrer à l'intérieur pour effectuer des sauvetages. Tout au long, les pompiers demeuraient défensifs.
Ce n'est qu'en fin d'avant-midi, jeudi, que la lutte s'est terminée après 12 heures de travail intense.
Si vous demandez au chef s'il a trouvé ça dur, il affirme avoir toujours tenté d'agir en professionnel. «Quand tu fais ce job-là, tu te fais une carapace.» N'empêche qu'il admet aussi que de ses hommes ont trouvé l'épreuve difficile.
Soutien psychologique
Daniel Lévesque, directeur général du Centre de santé et de services sociaux de Rivière-du-Loup, explique que les hôpitaux, principalement celui de Rivière-du-Loup, ont déployé des ressources supplémentaires pour accueillir la dizaine de patients qui ont été admis dans les urgences.
De plus, six travailleurs sociaux et psychologues sont actifs sur le terrain. «Il faut supporter la communauté dans cette tragédie ainsi que les proches aidants et les familles», souligne-t-il. Les services seront ajustés au besoin.
Enfin, il faudra penser déménager le point de service du CLSC qui était abrité dans la résidence pour personnes âgées.
«On n'est pas encore rendu à identifier le moment de la réintégration», a mentionné, pour sa part, Jacques Bélanger, directeur de la sécurité civile et des incendies du Bas-Saint-Laurent. La plupart sont allés chez des parents et amis, mais la Croix-Rouge est au gymnase de l'école.»
Plus pressante encore était la recherche d'effectifs pour assister les policiers dans leur fouille. «Au niveau de la sécurité incendie, il faut trouver des gens.» D'autant plus, dit-il, que plusieurs travailleurs ont été rencontrés et doivent maintenant être relevés. «On est dans des petites municipalités, les gens se connaissent énormément», explique-t-il, faisant référence au fait que c'est très difficile pour certains sur le plan psychologique.
«Déjà, Trois-Pistoles, Rimouski et Rivière-du-Loup ont offert leur aide. C'est important d'avoir un renouvellement, ajoute-t-il. Plus il y a de monde, mieux c'est. Les gens vont pouvoir faire de la recherche une demi-heure plutôt qu'une heure ou deux et pourront se réchauffer, se reposer.»
La mairesse suppléante, Ginette Caron, a annoncé le retour vendredi de la mairesse de la municipalité, Ursula Thériault, actuellement en Floride.
Avec la collaboration de Carl Thériault