L'Isle-Verte: à la recherche de «la mémoire du village»

Devant les décombres où les pompiers et les policiers s'affairent à dégager les corps des personnes qui manquent à l'appel, Marc-Henri Saindon était résigné à ne plus revoir sa mère, Marie-Jeanne Gagnon, qui devait avoir 100 ans en avril prochain.
«Il n'y a plus d'espoir, a-t-il dit. Même hier.» Mme Gagnon venait tout juste d'emménager dans la résidence, à la fin de l'année dernière, a expliqué M. Saindon.
Après avoir vécu avec sa famille à Cacouna, Mme Gagnon était retournée à L'Isle-Verte le 30 décembre dernier, dans la résidence.
«La mémoire du village»
Se déplaçant avec un déambulateur ou une chaise roulante, Mme Gagnon était réputée pour sa mémoire fidèle, et son fils n'hésitait pas à la consulter encore lorsque parfois des questions surgissaient au fil des conversations avec les clients de son garage de Cacouna.
«Je leur disais: attendez, je vais téléphoner à ma mère et elle va nous le dire, a-t-il dit. C'était la mémoire du village.»
À son domicile de L'Isle-Verte, Nicole Bélanger, préposée depuis quatre ans à la résidence de 52 appartements, ne parvenait pas encore à encaisser le coup qu'elle a ressenti en voyant à la télévision les images de l'édifice incendié, jeudi, où elle n'était pas de service au moment du drame.
«J'ai eu très mal à la poitrine, je ne le croyais pas, ç'a été un choc, a-t-elle dit. Je me disais que c'était trop horrible, ça ne se peut pas que j'aie perdu mes amis. Le matériel, ce n'est pas grave, c'est les personnes qui sont décédées dans cette tragédie, c'est terrible.»
Mme Bélanger avait récemment écrit une lettre qu'elle avait distribuée à tous les résidants pour leur annoncer sa retraite prochaine.
«Je m'étais attachée à eux-autres et eux-autres s'étaient attachés à moi, a-t-elle dit. Il y en a plusieurs là-dedans que je ne reverrai plus jamais.»