Lise Thibault répète que «jamais, jamais, jamais je n'ai touché à une facture». «Je ne suis pas une administratrice, je suis une humaniste», a-t-elle expliqué au juge Carol St-Cyr.

Lise Thibault blâme ses administrateurs

«Humaniste et non administratrice», Lise Thibault n'a jamais touché à une facture. Elle laissait faire ses gestionnaires, des employés qui doivent porter tous les blâmes selon elle.
À sa deuxième journée à la barre des témoins pour son procès pour une fraude alléguée de 650 000 $, l'ex-lieutenante-gouverneure jette la pierre à ses anciens administrateurs.
Lise Thibault affirme que jamais, lorsqu'elle a été formée par le chef du protocole de Patrimoine canadien Jean-Paul Roy, il n'a été question des dépenses. «M. Roy m'a dit qu'il y avait des administrateurs, a dit Mme Thibault. Il ne m'a jamais parlé de ma responsabilité là-dedans.»
Lise Thibault affirme avoir payé ses dépenses avec sa carte de crédit personnelle, le plus souvent par le biais de son garde du corps. Elle se faisait ensuite rembourser par le cabinet. «Ça n'allait pas si mal, mais je sais bien que c'est moi qui payais les intérêts.»
Avec un agenda plein à craquer, la lieutenante-gouverneure n'aurait jamais eu le temps de vérifier l'administration du cabinet, assure-t-elle. 
Elle n'avait pas le choix de se fier aux administrateurs envoyés par le conseil exécutif de la province. Témoin de la poursuite, André Labrecque, administrateur entre 2000 et 2007, avait noté plusieurs irrégularités dans les dépenses de sa patronne.
Selon Lise Thibault, M. Labrecque était plutôt un administrateur «sans discipline» qui s'arrangeait pour lui faire signer des documents au meilleur moment «pour que je le questionne le moins possible», dit-elle.
Durant les 10 années du mandat, Patrimoine canadien n'a que très rarement refusé de rembourser des dépenses, assure Mme Thibault. Elle se souvient d'un montant de 1800 $ qui lui a été refusé pour une réception de remerciement organisée en Floride, hors de sa juridiction.
Elle dit avoir aussi remboursé son billet d'avion pour se rendre au Nouveau-Brunswick assister aux funérailles de la mère de son gendre.
Vêtements pour enfants chez Clément, anniversaire de ses filles, sortie à la cabane à sucre en famille, confirmation d'un petit-fils; Lise Thibault maintient qu'elle a tout payé avec sa carte de crédit personnelle. Elle est toutefois souvent incapable de dire pourquoi ces dépenses personnelles ont été réclamées à Ottawa.
Avant sa cérémonie d'assermentation en 1997, Lise Thibault demande à un membre du personnel si elle doit «se rouler» - c'est son expression - jusqu'à l'avant ou si quelqu'un va la pousser. On lui répond : «Ne vous demandez jamais ce que vous devez faire, demandez-vous ce que la Reine ferait.» «Ça a été ma ligne de conduite à partir de ce moment-là», a témoigné Lise Thibault.
Le train de vie d'une lieutenante-gouverneure est nécessairement différent de celui du citoyen ordinaire, selon Lise Thibault. Par exemple, elle ne pouvait se permettre d'attendre les soldes pour acheter les vêtements d'été qui arrivent dans les rayons en février, a-t-elle expliqué. 
Elle n'avait pas le choix, dit-elle, d'acheter du matériel pour le cabinet. «On pouvait avoir six verres d'une taille et six verres d'une autre taille, quelque chose qu'on peut avoir dans un chalet ou une maison modeste», souligne-t-elle.
En outre, les employés du cabinet avaient des goûts dispendieux, a témoigné Mme Thibault. «J'ai su il y a quelques mois qu'on achetait le café le plus cher en ville», indique-t-elle.
825 000 $ en dons en 10 ans
L'avocat de Lise Thibault, Me Marc Labelle, a déposé mardi le bilan financier du Fonds Lise Thibault qui démontre qu'entre le 21 octobre 2002 et le 4 décembre 2012, l'oeuvre de charité a redistribué 825 000 $ à divers organismes. Parmi la liste des bénéficiaires, on note la Société Alzheimer de Montréal, la Fondation Félix-Leclerc, la Fondation de l'Université du Québec et bien sûr le programme de ski assis. Au total, la Fondation aurait recueilli, durant la même période, plus d'un million de dollars grâce à un tournoi de golf et à une vente d'oeuvres d'art. Seulement une demi-douzaine de dons, représentant moins de 30 000 $, ont été faits depuis le dépôt des accusations contre Lise Thibault, en octobre 2009. Selon Lise Thibault, il reste aujourd'hui environ 200 000 $ dans le Fonds portant son nom. La poursuite évalue que l'ex-lieutenante-gouverneure a utilisé injustement 194 000 $ de fonds publics pour les activités de sa fondation. Lise Thibault a convenu mardi qu'elle a «peut-être commis l'erreur de ne pas avoir de carte de crédit de la Fondation».