Brigitte Harrison et Lise Saint-Charles, fondatrices de l'organisme Saccade

Lise Saint-Charles et Brigitte Harrison: l'équipe parfaite

Lauréates : Lise Saint-Charles et Brigitte Harrison, intervenantes auprès de personnes autistesOccasion : Elles ont récemment fondé, à Québec, Saccade, un centre d'expertise en autisme unique au monde.
La rencontre de Lise Saint-Charles, une spécialiste de l'autisme qui oeuvrait au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) du Bas-Saint-Laurent, et Brigitte Harrison, intervenante au Centre jeunesse Mauricie-Bois-Francs et elle-même autiste, a en quelque sorte créé l'équipe parfaite. Après avoir quitté leurs emplois en 2006 pour donner de la formation et faire de l'intervention auprès des autistes, elles ont lancé au mois de mars un centre d'expertise en autisme unique au monde.
«Nous avons décidé de faire un bout de chemin ensemble après nous être connues en faisant des interventions auprès des autistes. Je me suis rendu compte qu'avec Lise, j'avais besoin d'expliquer moins qu'avec d'autres!» raconte Brigitte Harrison en souriant.
Les deux femmes se sont vite rendu compte que leurs interventions auprès des autistes étaient couronnées de succès. «Nous avons commencé à petite échelle, dans un local sur Saint-Vallier, mais c'est vite devenu trop petit», poursuit-elle.
La clinique située rue Beaurevoir, dans Neufchâtel-Est, c'est la concrétisation des efforts menés depuis le début de leur association. «J'avais le choix de partir à la retraite ou d'ouvrir une clinique. J'ai décidé d'ouvrir une clinique, car je trouvais qu'un service comme celui que nous offrons manquait grandement. Maintenant, j'ai 58 ans et je ne me vois pas à la retraite avant 87 ans!» lance Lise Saint-Charles en riant.
Résultats
Pour diriger la clinique, les fondatrices de Saccade peuvent compter sur Catherine Saint-Charles-Bernier, neuropsychologue et fille de Lise Saint-Charles. «Moi, j'ai commencé à m'intéresser à l'autisme à l'âge de 18 ans, alors il faut croire que ça a déteint sur ma fille. Elle a commencé à s'y intéresser dès l'âge de 14 ans et a pris cette direction professionnelle après avoir envisagé de devenir vétérinaire», raconte la mère.
Saccade obtient déjà d'excellents résultats, tant avec les enfants que les autistes plus âgés. «Les enfants commencent à dire leurs premiers "je t'aime" qui viennent vraiment de leur coeur, ils communiquent pour vrai, ils peuvent apprendre à l'école, arriver à déduire de plus en plus et avoir accès à leurs émotions. C'est le premier modèle québécois pour l'autisme, et c'est un modèle développemental et non comportemental parce que l'autisme est un trouble neurodéveloppemental», enchaîne Mme Saint-Charles.
«Nous avons déjà une liste d'attente et des demandes d'Europe pour développer des services là-bas. Par exemple, en France, on a commencé depuis trois ans à développer des services pour les autistes de 2 à 20 ans dans la région de Lorraine et on a formé à Metz des intervenants qui ont lancé un projet de résidence où 27 personnes autistes sont réunies depuis avril», poursuit-elle, ajoutant qu'elle et son associée avaient aussi reçu des demandes de Suisse.
Binôme
Même si on parle d'associées, Line Saint-Charles et Brigitte Harrison sont bien plus que cela. Certains utilisent même le termebinôme pour qualifier ces deux passionnées déterminées à aider les autistes et leurs familles.
«C'est vrai. L'une ne peut travailler sans l'autre. L'une sans l'autre, ça ne fonctionne pas. Lise est une véritable bibliothèque sur l'autisme après avoir travaillé dans ce domaine depuis presque 40 ans et moi, je suis autiste», résume Brigitte Harrison, qui a pour sa part développé un langage qui permet de s'adresser aux autistes dans leur «langue».
«L'autiste, quand il capte les concepts, il ne les capte pas comme les autres et pour ça, il arrive souvent que certaines méthodes ne soient pas efficaces longtemps. Le langage Saccade conceptuel, c'est un code écrit créé pour passer du visuel à la pensée verbale qui permet d'avoir une communication normale», explique Mme Harrison.
Lise Saint-Charles compare l'impact sur les autistes de ce langage développé par son associée à celui de l'alphabet braille pour les aveugles et du langage des signes pour les sourds.
«Le braille a été créé par un non-voyant et il a fallu 30 ans pour qu'il soit reconnu, et le langage des signes a été développé par deux jumelles sourdes et il a fallu 100 ans pour qu'il soit reconnu. J'espère que ça ne prendra pas 100 ans pour que le langage conceptuel, créé par une autiste, soit lui aussi reconnu!» conclut Mme Saint-Charles.