Valérie Maltais était sur le point de s'assurer d'une place en finale du 1000 m de patinage courte piste lorsqu'elle a fait une chute.

L'influence d'un bon spectacle

Maman, papa, je veux faire du slopestyle comme Kim Lamarre et ABM [Alex Beaulieu-Marchand].
- Ah oui... T'es certain que tu ne veux pas patiner vite comme Charles Hamelin?
- Non, et si vous ne voulez pas, ce sera du ski de bosses!
Vendredi, pour une quatrième fois de ces Jeux, le ski acrobatique a offert au Canada un duo de médailles. Le spectacle s'était ouvert en grand sur les bosses, s'est poursuivi au slopestyle et a conclu son dernier acte en skicross. Les sports acrobatiques auront réussi, dans ces Olympiques de Sotchi, à captiver les téléspectateurs et parfois même à leur faire oublier le résultat.
Le 13 février, ABM, skieur de Saint-Augustin-de-Desmaures, a trébuché à sa première manche de la finale de slopestyle et s'est élancé pour sa deuxième et ultime descente acrobatique. Les fans québécois debout au petit matin ont retenu leur souffle. Ils ne souhaitaient pas seulement le voir monter sur le podium, ils étaient impatients d'assister à ce que le blondinet allait présenter comme manoeuvre, comme performance, comme spectacle. Terminant à nouveau sur le dos, son énergie aura transcendé sa 12e place.
Note personnelle : je skie depuis toujours et je ne m'étais jamais aventuré sur les rampes et sur les sauts d'un parc à neige, et je détestais me retrouver dans les bosses. Or, à la montagne, à quelques reprises depuis le début des JO, je n'ai pas quitté les bosses des sous-bois et j'ai même fait mes premières glisses sur un «rail». Voilà l'influence des Marquis, Lamarre et ABM. Si ça réussit pour moi, j'ose imaginer pour les plus jeunes.
La chute d'une équipe
De l'autre côté du spectre, le patinage de vitesse courte piste aura vacillé dans l'estime des Canadiens. Chute après chute, la troupe de Charles Hamelin a trébuché.
J'ai reçu ce message texte d'un ami, vendredi, après que Valérie Maltais s'est retrouvée dans les matelas : «Ça tombe toujours comme ça en courte piste? Ils tombent tout seuls!» Mais que s'est-il donc passé à ce Palais des sports de glace?
Charles Hamelin avait entamé la quinzaine en lion en écrasant la compétition au 1500 m. Ces Jeux seraient siens. Puis, la chute de son frère François en qualification du relais a semblé faire basculer l'histoire.
L'équipe, qui devait justement se battre en équipe jusqu'à la fin, venait de perdre son unité, sa cohésion. Quelque chose s'est brisé avec cette inexplicable chute et la pression a semblé étouffer les troupes.
L'équipe féminine aura bien mis un baume sur ces Jeux avec l'argent au relais, mais cela ne fait pas oublier qu'aucune des Canadiennes n'a atteint la finale A lors d'une course individuelle.
Comme pour confirmer la thèse de la pression, le seul patineur n'ayant aucune attente, Charle Cournoyer, a été étincelant, vendredi, pour se faufiler sur la troisième marche du podium au 500 m. Charle pas de «s», le benjamin du groupe à 22 ans, représente le futur du courte piste au pays.
Avec trois médailles, la pire prestation canadienne en courte piste depuis les Jeux de 1992 et ceux de 1994, les dirigeants du groupe devront se regarder dans le blanc des yeux. La controverse ayant entouré la nomination de François Hamelin, fils d'Yves Hamelin, directeur du programme, ne fait qu'amplifier l'écho des questions qui se posent déjà.
Plus de médailles, plus d'argent
Les skieurs acrobatiques n'auront pas seulement ébloui les spectateurs, leur récolte de neuf médailles surpasse celle de cinq (peut-être six avec la poursuite par équipe) du patinage de vitesse courte et longue piste.
Les Jeux ne sont pas encore terminés, mais gageons que les performances sur les spatules permettront à la fédération de ski acrobatique canadienne d'obtenir plus de ressources pour bien encadrer tous ces petits futurs artistes des pentes, qui rêvent déjà d'imiter leurs nouvelles idoles.