L'infidèle déçu de se faire pardonner

Il existe une sorte d'infidélité dans laquelle l'infidèle est désorienté s'il se fait pardonner. Ce genre d'infidèle laisse habituellement plusieurs indices de son infidélité dans l'espoir de se faire prendre à la longue. Et quelle n'est pas sa déception quand sa conjointe veut lui pardonner après l'avoir découvert! (J'utilise le masculin pour simplifier le texte, mais il y a autant d'infidèles femmes que d'infidèles hommes). C'est que cet infidèle a eu recours à l'infidélité précisément pour mettre fin à sa relation conjugale.
Dans ce cas, non seulement la personne trompée découvre-t-elle subitement l'infidélité de son conjoint, mais en plus elle doit affronter le pire scénario redouté, celui d'une rupture. Elle se retrouve donc dans l'impuissance de garder son conjoint, sans rien y comprendre. Elle aura tendance à s'accrocher à lui qui veut se décrocher d'elle sans le dire clairement ni être capable de dire pourquoi. En réalité, cet infidèle a choisi de fuir sa vie de couple par la porte d'en arrière.
D'habitude, cette sorte d'infidèle utilise en effet la relation extraconjugale pour éviter de révéler clairement à sa conjointe son intention de se séparer et surtout pour ne pas en discuter les raisons. C'est pourquoi la conjointe trompée et abandonnée se sent autant décontenancée. Typiquement d'ailleurs, une fois la séparation accomplie, cet infidèle abandonnera sa maîtresse qui aura rempli sa mission, celle de lui faciliter sa séparation conjugale.
La situation peut être pathétique. J'ai reçu des couples, par exemple, qui attendaient la venue d'un bébé. Des femmes enceintes qui avaient besoin du soutien émotif et matériel de leur conjoint et qui se retrouvaient plutôt éjectées du nid conjugal. Des hommes et des femmes vieillissants qui n'avaient pas vu le coup venir et qui étaient effrayés par la solitude en perspective.
Malheureusement, les consultations conjugales ne servent pas à rassurer ces personnes en désarroi et encore moins à raffermir leur lien conjugal. Il faut plutôt clarifier la situation et aider chaque conjoint à affronter la réalité sans faux-fuyants.
Un de mes clients dans la cinquantaine qui envisageait une séparation conjugale, sans avoir le courage de décevoir sa femme, me confiait-il, me demanda si cela ne serait pas une bonne stratégie que de «se faire une blonde». Ma réponse fut rapide. L'infidélité comme porte de sortie de la vie de couple est la pire façon de terminer une relation conjugale, car elle suscite énormément d'animosité de la part du conjoint trompé qui se sent encore plus trahi et abandonné. Une profonde animosité pourra se développer qui perdurera durant plusieurs années et affectera la relation des ex-conjoints avec leurs enfants.
De plus, comme les vrais motifs de la séparation n'auront jamais été exprimés, la personne trompée s'imaginera à tort que la raison de la rupture est l'infidélité. Il se peut qu'elle s'en prenne à la maîtresse ou à l'amant comme si c'était le vrai coupable. Mauvaise cible, évidemment. Les conjoints resteront donc dans une ambiguïté nocive. Le deuil de cette relation ne sera pas fait correctement et pourra hanter les conjoints plusieurs années après la dissolution de leur union.
Il y a plusieurs sortes d'infidélité qui ont des sens divers et des pronostics différents pour la survie du couple. C'est ce que doit chercher à comprendre le couple qui se présente en crise au cabinet d'un psychologue. La question prédominante qui tenaille les conjoints est la survie de leur couple. C'est cette survie qu'il faut d'abord évaluer. Dès mon premier contact avec un tel couple, je m'emploie donc à détecter chez chacun des partenaires les indices du désir de poursuivre la relation ou non. Parfois, l'infidèle veut mettre fin à sa relation depuis longtemps, mais l'autre conjoint ne veut pas le voir et s'accroche désespérément, prêt à pardonner l'impardonnable. Chez d'autres couples, c'est l'ambivalence de l'engagement conjugal qui s'est exprimé dans l'infidélité. Et quand les raisons de cette ambivalence s'éclaircissent, le désir de se réinvestir dans la relation renaît de ses cendres. Souvent, l'infidélité exprime un malaise conjugal qui peut se travailler au-delà des espoirs du couple. C'est là que la compétence de l'intervenant entre en jeu.
Quelle joie pour moi, en tant que psychologue clinicien, de détecter chez un couple en désarroi les réparations possibles tant relativement au fonctionnement du couple qu'au fonctionnement personnel de chaque conjoint, et de réussir à communiquer ma vision! Mais il arrive que mon travail serve plutôt à faciliter une séparation devenue nécessaire. Cet objectif m'apparaît tout aussi positif parce qu'il permet à chaque conjoint de sortir d'une malheureuse impasse et d'aller de l'avant.