TVA a annoncé en primeur la défaite de Pauline Marois dans sa circonscription.

L'image de la défaite

Personne ne s'attendait à une telle vague libérale, même le plus optimiste des militants. Et certainement pas les analystes des deux grands réseaux. À TVA, les Lapierre, Dumont et Facal semblaient sonnés, incrédules devant les chiffres qui se profilaient devant eux.
<p>Radio-Canada n'a pas voulu se mouiller trop tôt sur la défaite de Pauline Marois après la bourde sur Jean Charest.</p>
J'ai couvert de nombreuses soirées électorales, et j'ai rarement vu une telle déferlante de résultats, très tôt. Au bout du compte, peu d'entrevues n'ont pas été interrompues par les chefs d'antenne pour aller à des résultats, d'un côté comme de l'autre, et ce n'était pas toujours nécessaire.
On peut dire sans se tromper que les deux réseaux ont fait du bon boulot lundi soir. Pierre Bruneau impeccable, Patrice Roy, efficace et toujours ce sourire cool. Radio-Canada avait un décor splendide et m'a parue moins sclérosée qu'à certaines élections, mais TVA restait le plus vif, le plus alerte.
Sur les résultats, rien à redire sur leur clarté à l'écran. Un peu trop de bleu à TVA, il devait y avoir une aubaine dans la peinture chez Home Depot. Bonne idée de Radio-Canada d'ouvrir deux fenêtres durant les discours, pour nous permettre de continuer à voir les résultats par circonscriptions, mais l'image des chefs était bien petite. Des discours que TVA avait tendance à interrompre plus tôt pour retourner à son bureau d'analystes, mais dont le son était meilleur que chez le concurrent.
Il n'a pas fallu attendre bien longtemps pour que TVA nous annonce un gouvernement libéral à 20h22, tout juste avant Radio-Canada, qui a suivi à 20h25. Le diffuseur public s'est repris en devançant TVA pour annoncer la majorité des libéraux à 20h43. Le réseau CTV a été plus vite que les réseaux francophones en donnant la victoire aux libéraux dès 20h18, et en annonçant qu'ils seraient majoritaires à 20h36.
Le premier à faire de l'humour a été Gaétan Barrette. «J'vous promets qu'on fera pas de body surfing, ça va être trop difficile pour vous autres!» a lancé le nouveau député de La Pinière, euphorique. En entrevue, il n'a pas voulu spéculer sur ses chances de devenir ministre de la Santé.
Amir Khadir, lui, n'entendait pas à rire: «Le gouvernement libéral va nous trouver sur son chemin», a-t-il dit, outré, ajoutant que le peuple venait de réélire un gouvernement corrompu. «Vox populi, vox dei», lui a rappelé Pierre Bruneau. Pire, à Radio-Canada, M. Khadir s'est fait couper le sifflet par le discours de PKP.
Chef en devenir
Devant un parterre survolté à Saint-Jérôme, ce discours n'avait pas l'air de venir d'un simple député, mais bien d'un chef en devenir. Trop tôt pour en parler, a dit M. Péladeau aux journalistes, s'engageant à rester dans l'opposition. Une image claire du discours de PKP à TVA, des militants qui nous cachaient la vue à Radio-Canada.
TVA avait ajouté une femme à son second panel d'analystes, l'ex-députée du PQ Elsie Lefebvre, mais pourquoi pas Josée Legault, maintenant dans la famille Québecor et toujours pertinente? Sur le cas Fatima Houda Pepin, qui semblait très amère, Joseph Facal et Mario Dumont la défendaient, alors que Jean Lapierre, lui, considérait qu'elle avait cherché son malheur. Réjean Hébert, au bord des larmes, a été le premier du Parti québécois envoyé en pâture pour tenter d'expliquer cette dégelée.
TVA a annoncé en primeur la défaite de Pauline Marois dans sa circonscription, mais Radio-Canada n'a pas voulu se mouiller après la bourde sur Jean Charest. Une fin de carrière d'une tristesse infinie pour Joseph Facal, mais «la meilleure chose qui puisse lui arriver» pour Luc Lavoie. Parce qu'un psychodrame, digne d'un téléroman, se dessine au Parti québécois. Encore une fois.
Malaise devant cette profession de foi des possibles candidats à la direction du Parti québécois, Péladeau, Lisée et Drainville, avant le discours de Pauline Marois. Une démonstration de déni, un appel au pays, qui avait quelque chose de pathétique. «C'est devenu franchement indécent», a dit Michel David à juste titre. L'image de la défaite.