Le slogan de François Legault a donné lieu à plusieurs parodies, comme celle-ci qui circule sur les médias sociaux.

L'homme qui donna le go

Ils étaient trois ou quatre, des créatifs, assis autour de la table à lancer des slogans à qui mieux mieux. Une idée, une phrase. Un autre la reprend, change quelques mots, inverse le phrasé. Et puis, bang, la ligne arrive. «On se donne Legault.» Il y a comme un silence. Une certitude.
C'est celle-là.
On essayera bien de jongler avec, de changer des mots, de la retourner dans tous les sens. Mais la ligne ne changera pas. «La ligne n'est pas un coup de tête», tranche Hugues Choquette, qui assure la direction de la création de la campagne de la Coalition avenir Québec. Elle est née à l'automne, avec les premières rumeurs d'élections. Elle a survécu jusqu'à ce que Pauline Marois donne le go.
Désolée, impossible de résister.
Hugues et sa bande, six ou sept personnes, ont planché pendant des mois sur le message qu'allait livrer François Legault. La commande était limpide, «la mission de la Coalition est de relancer le Québec et qui est le plus apte pour le faire? C'est François Legault. Il fallait le positionner clairement.»
On sait ce que ça a donné. Le boulot de Hugues est de s'assurer que le message soit compris. «Est-ce que c'est la bonne ligne? Oui. Est-ce qu'elle s'installe bien? Oui. Il faut des assises à une ligne, il faut qu'elle tienne la route.» Il faut aussi que le chef l'achète.
«M. Legault a adoré ça, surtout quand on lui a montré les déclinaisons.» Il parle ici des mots qu'on peut ajouter avant le slogan.
Pour en avoir, il y en a eu, des déclinaisons.
Quand le slogan est sorti, les réseaux sociaux se sont enflammés. Une déferlante. Juste à travers mes 100 quelques amis Facebook, on ne se pouvait plus de jouer au créatif. J'ai conçu mon slogan, Donnez Moisan. J'ai vu Champagne pour tout le monde, Lavoie à suivre, Quimper gagne, In Vigneau veritas. Essayez avec votre nom.
Denise Deveau a aussi travaillé sur la ligne du parti. Tout le monde savait que le slogan prêterait flan aux quolibets. «On a mesuré l'enjeu du jeu de mots, mais on a aussi mesuré le sens, se donner l'élan, le swing.» Elle a l'habitude des communications, avait senti qu'il ferait réagir. «On savait que la ligne allait être... commentée, pour le moins, mais on n'avait pas prévu le raz-de-marée.»
Ils n'ont jamais eu l'idée de reculer. Ils se sont même amusés à lire ceux qu'ils ont tant inspirés, «on en a ri une couche!»
Denise est catégorique. «Honnêtement, que ça s'installe dans la culture populaire, c'est une bonne chose, ça veut dire que ça s'intègre bien. Est-ce que le message est passé? Est-ce que les gens ont compris? La réponse est oui.»
Probablement que les libéraux répondent la même chose aux mêmes questions avec leur «Ensemble, on s'occupe des vraies affaires», pas mal moins inspirant que le slogan de la CAQ si vous voulez mon avis. Désolée si vous ne le vouliez pas. J'aime aussi celui du Parti conservateur du Québec, «Cessons de tourner en rond», écrit sur des pancartes ovales.
Je les aurais faites en forme d'arrêt stop.
Les autres slogans de la cuvée 2014, j'en parle pour qu'on ne me taxe pas de favoritisme, font la job, comme on dit en mauvais français. Pauline Marois est déterminée, tant mieux pour elle. Les solidaires votent avec leur tête, on croirait entendre les lucides. Option nationale veut réveiller le courage, bonne chance.
Là maintenant, je donne des munitions à Hugues et à Denise qui savent bien, de toute façon, que les slogans politiques sont condamnés à être hachés menu. «C'est comme ça chaque fois, philosophe Denise. Vous souvenez-vous d'un seul slogan où les médias ont crié au génie?» Pas un seul. Mais je ne me souviens pas non plus d'un slogan qui avait autant fait rire de lui que celui-là.
C'est une question de produit, rétorque Hugues. L'homme a travaillé avec Apple. «Peu importe ce que c'était, il y avait un engouement positif en partant. En politique, au mieux, c'est de l'indifférence, au pire, du cynisme.»
Je suis allée voir les slogans d'Apple, me suis amusée à les imaginer en grosses lettres sur des autobus.
- Le meilleur ne s'achète pas
- L'évolution est en marche
- Malin. Résistant. Réversible.
- Prêt pas prêt, c'est fait
- Tout pour vous divertir, tout simplement
De loin mon préféré.