L'hiver devenu événement

Oui, plusieurs Québécois rêvent encore de passer une partie de l'hiver dans le Sud. Mais programmez des activités extérieures, faites-leur vivre des expériences et ils répondront présents. Les touristes aussi d'ailleurs.
Patrice Drouin, président fondateur de Gestev, a trouvé à Québec un public hivernal qu'il soupçonnait, mais dont la ferveur l'a surpris.
Quand il a porté son attention sur le surf des neiges, c'est d'abord par intérêt pour les sports en émergence et non parce qu'il visait spécifiquement le créneau de l'hiver. Gestev a organisé une première étape de Coupe du monde au Mont-Sainte-Anne en 1997. Bien vite, des activités au centre-ville de Québec se sont greffées, dont le big air qui permet depuis cinq ans de s'élancer sur une rampe enneigée entre la haute et la basse ville. La réponse a été bonne, au point de répéter ces événements année après année.
Il a toutefois fallu le Red Bull Crashed Ice pour que Québec associe définitivement hiver et sensations fortes. Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis pour frapper l'imaginaire. «On a le patin à glace dans le centre-ville de Québec avec 100 000 personnes. Et c'est beau!» s'enthousiasme Patrice Drouin.
La première année, en 2006, son organisation attendait 15 000 curieux. Il en est venu plus du double. Déménagée dans la côte de la Montagne, la compétition attire maintenant 90 000 personnes en mars. «Pour les gens de l'extérieur, c'est complètement fou!» rapporte l'organisateur.
Stratégie de croissance
Depuis ce succès de foule, l'hiver fait partie de la stratégie de croissance de Gestev. «Ça nous a allumés. On a réalisé que les gens de Québec ont le goût d'avoir des événements l'hiver», dit son président. D'où la présentation, début décembre, de la Coupe du monde de ski de fond sprint libre avec les plaines d'Abraham et la Grande Allée comme décors.
Il n'y a pas que Gestev pour nous faire profiter de l'hiver. Partout dans la région, les activités et les événements se sont multipliés depuis une dizaine d'années. En sus du fameux Carnaval de Québec, il y a l'Hôtel de Glace, installé à Charlesbourg pour y rester, QuébecAdabra, la programmation spéciale du temps des Fêtes, mais aussi la raquette à Duchesnay et le tournoi de pond hockey du Lac-Beauport, où la patinoire fait trois kilomètres de long. En poussant vers l'est, il est possible, depuis peu, de faire de la luge au Massif de Charlevoix.
Le plan de Gabriel Savard, directeur général de l'Office du tourisme de Québec, est d'aligner cette offre afin qu'il y ait de l'animation en continu de décembre à mars pour faire sortir les visiteurs. En cette ère de tourisme basé sur l'expérience, le vécu, c'est la recette du succès.
Jacques Desbois, président-directeur général de l'Hôtel de Glace, croit même que la réalité hivernale est suffisamment assumée à Québec pour en faire la promotion toute l'année. C'est dans cet esprit qu'il a lancé en 2010 l'idée d'un «parc du Nord». Les terrains et les infrastructures de l'ancien jardin zoologique, où est planté son hôtel de glace pour le deuxième hiver, serviraient de vitrines pour la nordicité et la biodiversité.
L'été aussi
«On est nordiques l'été aussi», fait valoir M. Desbois, estimant que Québec a la chance d'avoir quatre saisons distinctes à exploiter.
Michel Zins, de la firme de marketing Zins Beauchesne, voit lui aussi une opportunité. «Avec le réchauffement de la planète, le Sud n'est plus vu comme le paradis, mais comme le début de l'enfer», illustre-t-il. Les changements climatiques, la fonte de la banquise, l'ours polaire en danger sont autant de symboles à exploiter, selon lui. Mais attention : «Avant, le plan, c'était de montrer à la planète qu'on vit très bien dans le Nord sous la neige et qu'on peut se faire du fun. Maintenant, il faut aller plus loin», greffer la science et l'économie au tourisme.
Vive la concurrence
Québec n'est pas la seule à se draper de neige et de froid. Elle subit la concurrence directe des villes de la Scandinavie, moins froides, moins lumineuses, mais tout aussi neigeuses et surtout plus proches du populeux marché de l'Europe de l'Ouest. La Russie gagne aussi en popularité. Et puis il y a les grands marchés de Noël en Allemagne et à Prague, qui attirent les plus contemplatifs.
Plus près de nous, Montréal a investi le créneau de l'hiver, organisant une succession d'activités entre décembre et mars et proposant même son propre hôtel de glace.
Selon Marie-Andrée Delisle, consultante en tourisme, les deux plus grosses villes du Québec devraient se donner la main pour conquérir les marchés étrangers. «Les gens ne viennent pas juste pour une ville, c'est ça qu'il faut comprendre», dit-elle.