Lors de la mi-temps du Super Bowl, la technologie de Pixmob a permis de transformer chaque personne dans la foule en signal lumineux.

L'expérience québécoise Pixmob à l'ouverture des Jeux

Pixmob continue sa conquête des grands évènements sportifs internationaux. Après avoir enflammé le spectacle de la mi-temps du Super Bowl, dimanche, cette PME québécoise ajoutera un peu de magie à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Sotchi qui aura lieu vendredi en transformant la foule en écran vidéo humain.
Lundi soir, à Sotchi, 5000 personnes présentes dans le stade olympique ont reçu des médaillons à l'effigie des JO lors de tests effectués pour calibrer les équipements. Puis, les médaillons se sont illuminés et des effets lumineux de toutes sortes de couleur ont pris forme dans la foule. Des effets qui ressemblaient étrangement à ce que l'on avait vu lors du spectacle de la mi-temps du Super Bowl. Mais impossible d'en savoir plus chez Pixmob, clauses de confidentialité obligent. C'est en ouvrant le médaillon, où le nom de Pixmob était inscrit sur la carte électronique, que La Presse a obtenu la confirmation que la PME illuminera vendredi la cérémonie d'ouverture des JO.
La présence de Pixmob aux Jeux olympiques avait été confirmée dans un communiqué publié en décembre, mais il avait été impossible d'en apprendre davantage sur son rôle.
Ce sera la deuxième fois qu'une foule sera transformée en écran vidéo géant, grâce à la même technologie qui sert à allumer votre téléviseur: la lumière infrarouge. La technologie de Pixmob fonctionne comme une télécommande géante qui contrôle la lumière de chaque médaillon individuellement, ce qui permet de diffuser du contenu vidéo.
Le concept de transformer une foule en écran vidéo n'est pas révolutionnaire en soit, car l'idée trotte dans la tête de nombreux directeurs d'éclairages depuis plusieurs années. Aux Jeux olympiques de Londres, la foule s'était aussi transformée en écran grâce à une technologie filaire, mais les pixels devaient être à un endroit précis dans le stade. La révolution: la technologie est maintenant sans fil.
«C'est ça, la magie du système. Les gens ne sont pas pris à être des porte-pixels. On les laisse avoir leur expérience et on l'augmente avec la technologie», souligne Vincent Leclerc, inventeur de la technologie et associé de Pixmob, où ce natif de la région de Québec cumule les fonctions de directeur technique et de directeur de création.
Rituel du feu réinventé
Pixmob ne vend pas de simples objets, elle vend une expérience immersive qui amplifie les émotions de la foule, explique Jean-Olivier Dalphond, le directeur commercial de l'entreprise. «C'est un peu comme le rituel du feu réinventé. Les gens veulent avoir une extase qui vient d'une connexion avec la musique et avec les autres», dit-il.
Depuis la fin janvier, l'entreprise roule à un rythme d'enfer. En plus du Super Bowl et des JO, ils ont illuminé les X-Games et l'évènement Sensation Thaïlande, produit par Heineken. Pour réaliser tous ces projets, le nombre d'employés est passé de 35 à 50 en quelques mois.
Lancée en 2006, Pixmob, jadis connue sous le nom d'Eski, s'est d'abord spécialisée dans le développement de solutions avancées en contrôle d'éclairage. Même si la PME montréalaise avait réalisé des spectacles grandioses avec le Cirque du Soleil, Céline Dion, Arcade Fire et Coachella, elle était pratiquement inconnue du grand public. Pourtant, tout le monde a déjà vu une de leurs réalisations: les panneaux lumineux de Loto-Québec que l'on retrouve dans tous les dépanneurs de la province. Depuis le Super Bowl, dimanche, Pixmob a reçu une énorme couverture médiatique. «On est submergés de demandes allant de tournées avec des artistes majeurs, des événements majeurs internationaux, à des parents qui en veulent pour la fête de leur fille ou un pâtissier qui veut faire un gâteau géant lumineux!», remarque Vincent Leclerc.
Après le Super Bowl, David Parent, pdg et associé de Pixmob, était content du travail effectué par son équipe, mais déçu du contenu réalisé par la firme américaine responsable du spectacle de la mi-temps. «On pourrait pousser le contenu beaucoup plus loin avec une compagnie comme Moment Factory, qui comprend mieux ce qu'on peut faire avec ce genre de technologie», avait-il alors commenté. La cérémonie d'ouverture des JO permettra à Pixmob d'en mettre encore plein la vue.
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<p>Vincent Leclerc</p>
Vincent Leclerc, inventeur dans l'âme
Dans sa tendre enfance, à Saint-Augustin-de-Desmaures, Vincent Leclerc était un bricoleur curieux aux tendances pyromanes! Il a bien transformé ces impulsions en devenant l'inventeur de la technologie qui permet d'enflammer les foules avec des effets lumineux spectaculaires.
«Vincent traînait toujours un carton d'allumettes qu'il enflammait pour impressionner les gens», se souvient sa mère, Monique Fournier. Original et créatif, il aimait déjà provoquer.
Après des études au Séminaire Saint-François et au Cégep de Sainte-Foy, il étudie en cinéma à l'Université de Montréal, et à l'Université Concordia en informatique et dans les beaux-arts, où il est initié aux vêtements électroniques. C'est ensuite au réputé Massachusetts Institute of Technology (MIT) qu'il perfectionne ses connaissances en technologie des médias et dans le domaine des interfaces tangibles (interactives).
Au MIT, un collègue lance l'idée d'illuminer un champ avec des pixels. «Je lui ai dit que ça serait beaucoup plus intéressant de donner des pixels à des gens dans un spectacle», raconte aujourd'hui Vincent Leclerc.
Première génération de la Pixmob
De retour du MIT, il fonde Eski Studios avec David Parent en 2006. Et c'est en 2010, pour un contrat avec le Cirque du Soleil, qu'il réalise l'idée d'illuminer les foules. En moins de trois mois, il doit concrétiser le concept qu'il a en tête depuis quelques années. Pour y parvenir, il fait appel à une équipe de rêve du MIT afin de livrer la première génération de la technologie Pixmob. Dès la présentation de la technologie pour le lancement de la Kinect, à Los Angeles, l'entreprise séduit les grands concepteurs d'éclairages. Quatre années plus tard, elle change de nom pour Pixmob, en lançant la nouvelle génération de la technologie qui permet maintenant de faire de la vidéo dans une foule.
Aujourd'hui, les prouesses de Vincent ne surprennent plus sa mère, car il a toujours eu l'habitude de constamment repousser les limites. Au bout du compte, les peurs de voir la maison partir en fumée se sont transformées en grande fierté pour la famille Leclerc.