L'ancien enquêteur du SPVM Benoît Roberge.

L'ex-enquêteur Roberge plaide coupable de gangstérisme et d'abus de confiance

Accusé d'avoir vendu des renseignements aux Hells Angels, Benoît Roberge, ex-membre du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a plaidé coupable, jeudi, à une accusation de gangstérisme et à une autre d'abus de confiance.
Au palais de justice de Montréal, l'ancien enquêteur a fondu en larmes en admettant avoir collaboré avec les Hells Angels, parce qu'un membre du gang de motards criminels avait menacé sa famille.
La Couronne a souligné que Roberge avait continué à fournir de l'information de la police au Hells René Charlebois, et que leurs conversations démontrent clairement que l'agent expérimenté était sous l'emprise du gang.
Après s'être évadé de prison, Charlebois s'est enlevé la vie l'automne dernier alors qu'il était assailli par la police.
«Ma vie est détruite», a dit Roberge, âgé de 50 ans, dans une déclaration émotive au tribunal, à la suite de son plaidoyer de culpabilité. «Mon message aux policiers et policières: si vous vous sentez seuls dans la tourmente et la contrainte, demandez de l'aide, et faites confiance en de meilleures solutions.»
Roberge est un ancien enquêteur spécialisé dans le crime organisé, qui a témoigné fréquemment en tant qu'expert sur les Hells Angels lors de procès criminels. Il aurait reçu environ 125 000 $ de René Charlebois en échange d'informations, l'essentiel de cette somme ayant été récupérée depuis par la police grâce aux renseignements fournis par Roberge.
Le procureur de la Couronne Maxime Chevalier a affirmé que les coûts pour les contribuables des transgressions de Roberge pourraient s'établir quelque part entre 400 000 $ et plus de 1 million $, bien qu'il pourrait être impossible de déterminer le montant exact.
Les avocats et procureurs de la Couronne et de la défense ont recommandé une peine totale de huit années - quatre pour chaque chef d'accusation, devant être purgées de manière consécutive.
La défense a demandé que le temps purgé depuis son arrestation en octobre 2013 soit pris en considération. Le juge de la Cour du Québec Robert Marchi doit prononcer la peine le 4 avril.
Un porte-parole de la Couronne a exprimé sa satisfaction à l'égard du plaidoyer de culpabilité. «Ce qui était important dans ce dossier, c'était d'une part que l'individu puisse reconnaître sa culpabilité et sa participation aux infractions criminelles, et d'autre part de protéger la société en ce qui a trait aux informations sensibles qui font partie de ce dossier», a indiqué Jean-Pascal Boucher, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales.
Roberge, qui avait été arrêté le 5 octobre dernier, faisait face à quatre accusations: une d'obstruction à la justice, une d'abus de confiance et deux autres reliées au gangstérisme. Il a finalement plaidé coupable à une seule accusation de gangstérisme et à celle d'abus de confiance.
Déjà, le 19 février dernier, Roberge avait annoncé qu'il renonçait à subir son enquête préliminaire. L'accusé avait également choisi de ne pas se prévaloir de son droit de bénéficier d'une audience de libération sous caution en attendant la tenue de son procès.
L'ex-policier a pris en août 2013 sa retraite du SPVM, où il était considéré comme un enquêteur chevronné en matière de lutte contre le crime organisé. Avant même que sa retraite ne soit officielle, il avait été embauché en mars 2013 par Revenu Québec à titre de chef du service du renseignement. Il a été congédié depuis.
Les faits qui lui sont reprochés seraient survenus entre janvier 2010 et octobre dernier, juste avant son arrestation.
«(Roberge) a exprimé que le tout a commencé par des menaces, et qu'il a eu la mauvaise réaction, ayant cédé à la menace, avec très peu de temps pour réfléchir», a commenté Me Richard Perras, avocat de l'ex-policier, à sa sortie de la salle d'audience. «Ayant le bras dans l'engrenage, il a continué.»