Le palais de justice de Québec

Leurre informatique: un jeune autiste trahi par son «seul ami»

Ludovick, 14 ans, est autiste. Et épileptique. Son ami d'enfance, Marco, a profité de sa vulnérabilité pour l'agresser sexuellement et lui demander des photos et des vidéos de ses parties génitales en échange de cartes de points pour des jeux en ligne.
L'histoire se déroule dans la région de Portneuf. Comme c'est toujours le cas en chambre de la jeunesse, les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat de l'agresseur comme de la victime.
Différent depuis toujours et aux prises avec de lourds problèmes de santé, Ludovick n'a qu'un seul ami, Marco, qu'il connaît depuis la maternelle.
Les deux adolescents, qui fréquentaient la même école, sont amateurs de jeux vidéo en ligne, notamment Urban Rivals. Marco invente un stratagème où, pour obtenir des cartes de points, les adolescents doivent envoyer des photos et des vidéos de leur pénis et de leurs fesses.
Mais ce n'est pas un créateur de jeu vidéo qui reçoit les images, comme le prétend Marco, mais bien ce dernier.
Durant des mois, Marco envoie des centaines de textos à son ami pour l'inciter à fournir des images obscènes. «C'était du vrai harcèlement», témoigne la mère de la victime, encore ébranlée.
À une occasion, Marco aurait touché son ami alors que les deux adolescents étaient dans un spa.
L'affaire sera mise au jour lors d'un cours d'éducation à la sexualité par l'infirmière de l'école, à qui Ludovick a écrit une note lui demandant ce qu'il doit faire lorsqu'un ami veut qu'il pose des gestes sexuels.
Après enquête, la direction de l'école portera plainte et le jeune agresseur sera arrêté.
Ludovick a eu beaucoup de mal à avouer ce qu'il était arrivé à ses parents. «Il ne voulait pas perdre son seul ami», confie sa mère.
Travaux communautaires
Marco, un adolescent jusque-là sans histoire, a plaidé coupable à des accusations de leurre informatique, de distribution de pornographie juvénile et d'agression sexuelle.
La juge Judith Landry a accepté la suggestion commune des parties d'une probation d'un an avec 100 heures de travaux communautaires. L'adolescent devra aussi rencontrer un spécialiste de la clinique des troubles sexuels pour mineurs.
La juge Landry a rappelé à l'adolescent que chez les adultes, ses crimes auraient pu lui valoir une peine minimale d'un an de détention. «Ça vous dit comment la société ne tolère pas ces gestes-là parce qu'ils entraînent des conséquences très graves chez les victimes», a insisté la juge.