Lettre à Philippe Couillard (suite)

Monsieur le premier ministre,Dans ma chronique de samedi, j'ai pris prétexte de votre engagement personnel de transparence pour m'enquérir des arguments qui vous ont amené à donner votre aval au projet de cimenterie de Port-Daniel.
Je ne demandais pas un retour d'appel de votre part. Mais j'espérais avoir une réaction éclairée de la part de quelqu'un au sein du gouvernement. Samedi, l'un de vos adjoints m'a fait parvenir une copie d'un communiqué de presse sur le sujet, publié tard vendredi par votre ministre de l'Environnement, David Heurtel. J'y ai lu que son ministère avait exigé, l'an dernier, que le promoteur Ciment McInnis soumette une mise à jour de son étude de répercussions environnementales datant de 1995, «afin notamment de s'assurer que ce projet soit toujours conforme aux normes en vigueur».
Le communiqué de presse du ministre ajoutait que «les experts du gouvernement ont analysé de manière rigoureuse cette étude d'impact en octobre 2013», et que «leurs conclusions ont permis au Ministère de statuer sur l'acceptabilité environnementale du projet en fonction de l'étude de répercussions actualisée».
Désireux d'en savoir davantage, j'ai communiqué lundi matin, dès 9h30, avec le bureau du ministre ainsi qu'avec le service de presse du Ministère, pour demander copie de cette analyse. Dans les deux cas, on m'a promis un retour d'appel. Dans les deux cas, personne n'a rappelé. Je trouve ça gênant. Gênant pour le Ministère qui a certainement cette étude à portée de la main si elle existe, et gênant pour le ministre dont la crédibilité est mise à mal. Y a-t-il eu ou non une analyse «rigoureuse» de ce projet et, si oui, pourquoi en refuser l'accès sous prétexte qu'il faut passer par l'accès à l'information? Permettez-moi de vous rappeler que vous avez promis, en prenant le pouvoir, de revoir la Loi sur l'accès à l'information dans le sens d'une plus grande transparence. Il me semble qu'il s'agit là d'une bonne occasion pour montrer le sérieux de votre engagement.
Vous le savez, la crédibilité d'un gouvernement tient à peu de choses. Et je sais, pour avoir travaillé aux côtés d'un autre premier ministre sur la scène fédérale, que la transparence est plus facile à dire qu'à faire. Mais dans un projet aussi polluant que celui de cette cimenterie, il me semble que le gouvernement n'a rien à gagner et tout à perdre en refusant d'ouvrir ses livres. S'il y a, dans les tiroirs du ministère de l'Environnement, une analyse environnementale aussi «rigoureuse» que le disait le communiqué de presse du ministre, on a tout intérêt à la rendre publique. Mais si par malheur elle n'existait pas, je vous laisse deviner la suite des choses : on finira bien par le savoir. À moins qu'on ne soit en train de l'écrire...
Vous êtes un homme occupé et vous avez droit à un moment de répit après une année aussi chargée. Je m'excuse de vous harceler sur le sujet, mais c'est mon travail, même en juillet!
Et en passant, je trouve que le mutisme du Parti québécois sur le sujet est tout aussi gênant que celui du gouvernement. Je comprends que son critique sur les questions environnementales, Sylvain Gaudreault, soit actuellement en convalescence à la suite d'une mauvaise chute à bicyclette. Mais je soupçonne aussi qu'il lui serait difficile de dénoncer aujourd'hui une décision favorable à ce projet prise par l'ancien gouvernement Marois dont il faisait partie.
Heureusement qu'on a la Coalition avenir Québec... Admettez que c'est quand même bizarre de voir que c'est le parti le plus à droite dans l'échiquier politique qui se porte à la défense de l'environnement. C'est vraiment le monde à l'envers!