Jean Leloup a prouvé maintes fois pendant la soirée qu'il maîtrisait ses chansons, qu'elles l'habitaient.

L'éternel rappel de Jean Leloup

CRITIQUE / Nous sommes à Paradis City. Après un orage numérique, le public est prisonnier d'un rappel éternel, où Jean Leloup interprète un fantôme charismatique, qui reprend ses chansons les plus envoûtantes muni de sa guitare, de sa voix et de sa personnalité immense.
Leloup est un de ces créateurs libres et imprévisibles dont on admire la fougue autant qu'on la craint. Lui-même le sait bien. «Je ne commence pas ça, c'est risqué», lance-t-il en sentant un dérapage. Il se ramène à l'ordre, s'arrête à temps, s'enveloppe dans des personnages. 
«Mesdames et messieurs, je suis un chansonnier, je suis un artiste de la chanson!» gronde-t-il de sa voix la plus théâtrale. S'il se trompe, il s'excuse bien bas, puis reprend le rythme.
Rythmes fous
Sa guitare, vendredi, était comme une seconde voix. Ronde, expressive, animée par des rythmes fous qui ne faisaient pas regretter un seul moment l'absence de percussions.
Sur scène, Leloup se donne des permissions qui maintiennent ses chansons en vie. Il en change le rythme, étire des couplets, les scande, les étire, s'amuse. Comme dans un rappel, justement, lorsqu'on a tout donné, que le public est conquis et qu'il ne reste qu'un dernier droit de pur plaisir. Un peu tout croche, bien sûr, mais Leloup a prouvé maintes fois pendant la soirée qu'il maîtrisait ses chansons, qu'elles l'habitaient.
Une guitare et une voix devant une foule électrisée d'entendre Barcelone (version speed),
Dr Jekyll and Mr Hyde, Nathalie, Je joue de la guitare, Le dôme, Sang d'encre et bien sûr des pièces de Paradis City, comme Les flamants roses, en fin de course.
Courts-circuits
Il y avait toutefois quelques courts-circuits dans l'assistance qui gâchaient l'ambiance - et malheureusement la concentration de l'artiste. Le personnel a dû intervenir à plusieurs reprises pour calmer un grand champion au centre de la première rangée qui s'est permis de grimper sur scène. 
Les allées et venues se sont multipliées pendant tout le spectacle, si bien qu'on s'est demandé si un parterre dégagé aurait mieux convenu que la configuration standard.
Pourtant tout est là pour que l'expérience soit magique, jusqu'au décor complètement surréaliste, enveloppé de brume, de projections géantes, lunaires, traversées par des flamands squelettes, des corbeaux et des trains qui défient la gravité. Et un crâne immense, ajouré par des motifs de dentelle, comme une maison pour le fantôme de Paradis City, située quelque part entre Mahagonny et le Danemark d'Hamlet.
Jean Leloup solo - Le fantôme de Paradis City est de nouveau présenté samedi au Grand Théâtre et en supplémentaire le 27 mai. Splendeur et chute de Paradis City - Jean Leloup et son orchestre sera présenté au Capitole les 15, 16, 17, 28 et 29 janvier.