Deux têtes d'Hermès qui seront à Québec attendent d'être emballées.

Les maîtres de l'Olympe voyagent en première classe

Quand on est un dieu grec, on peut s'offrir la première classe... surtout quand il est question d'un voyage Berlin-Québec. Les quelque 160 objets de l'exposition Les maîtres de l'Olympe sont présentement soigneusement préparés dans un rituel précis pour leur périple prochain vers le Musée de la civilisation. Voici en quelques étapes le processus d'emballage des pièces prêtées par l'Antikensammlung de Berlin.
<p>Les grosses pièces de marbre sont littéralement harnachées à l'intérieur d'un premier caisson, qui, lui, sera placé dans un deuxième caisson où de la mousse élastique absorbera tout mouvement et tout choc qui pourrait mener à un bris.</p>
Sur mesure
Les bronzes, vases et autres marbres datant de l'Antiquité gréco-romaine sont souvent très fragiles. Pour éviter de casser ces pièces millénaires, des employés de la compagnie Hasenkamp découpent des tranches de styromousse pour qu'elles épousent parfaitement les pièces emballées de papier de soie. Les boîtes sont ensuite entreposées dans de plus grandes caisses, elles aussi matelassées, qui sont spécialement conçues pour éviter les chocs et les changements de température.
Sous supervision
Les employés de la compagnie de transport travaillent toujours sous l'oeil attentif d'un conservateur de l'Antikensammlung. Certains d'entre eux feront d'ailleurs le voyage jusque vers Québec pour le déballage des pièces, afin de s'assurer que tout est en ordre et que tout se fait selon les règles de l'art. Des fiches détaillant l'état de chaque pièce accompagnent les envois. Les cargaisons destinées au Musée de la civilisation voyageront par avion-cargo, puis par camion à partir de Montréal et de Toronto.
À toute épreuve
Les oeuvres en marbre sont les plus délicates à transporter. Vu leur poids et leurs formes irrégulières, il faut les harnacher littéralement à l'intérieur d'un premier caisson, qui lui sera placé dans un deuxième caisson où de la mousse élastique absorbera tout mouvement et tout choc qui pourrait mener à un bris. À Québec, les oeuvres seront remballées selon le même processus, avec les mêmes caissons qui seront conservés en réserve.
Les frais de ce voyage à Berlin sont assumés par le Musée de la civilisation.
<p>Wolfgang Massman, restaurateur en chef et conservateur des marbres, devant l'un des caissons destiné à Québec</p>
Faire voir les collections
Organiser des prêts internationaux entre musées est chose commune, mais chaque exposition est une aventure en soi. Pour Andreas Scholl, directeur de l'Antikensammlung (la collection d'oeuvres antiques des Musées nationaux de Berlin), faire voyager des objets permet de mettre en valeur des artefacts qui resteraient autrement dans l'ombre des vastes réserves.
«Il n'y a environ que 20 % des objets de notre collection qui sont exposés», a expliqué le conservateur. Et on ne parle pas ici d'une petite collection, mais bien de l'une des plus grandes et des plus complètes dans le domaine de l'Antiquité grecque.
Bien que l'Antikensammlung ne fasse plus à proprement parler d'acquisition de pièce, elle continue son travail d'éducation. La collection, réunie dans les années 90 après avoir été séparée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, permet de mieux comprendre le monde d'aujourd'hui, pense le Dr. Scholl. «C'est notre devoir de montrer ce patrimoine mondial. Tant d'aspects de nos sociétés modernes sont reliés de près ou de loin à ce qui s'est développé durant l'Antiquité», argumente le professeur.
C'est pourquoi des partenariats avec d'autres musées à l'étranger lui semblent si importants, particulièrement quand ceux-ci se font en dehors de l'Europe, où les visiteurs sont moins familiers avec cette période de l'histoire.