Des commerçants contestent les nouvelles exigences de mise aux normes en matière de prévention des incendies.

Les exigences des pompiers de Matane jugées abusives

Des exigences imposées par le service des incendies de la Ville de Matane sèment la grogne chez plusieurs commerçants. Pour plusieurs d'entre eux, les recommandations formulées en vertu du Code national de prévention des incendies sont jugées abusives.
C'est la première fois de son histoire que la Ville de Matane procède à la mise aux normes de ses bâtiments en matière de sécurité et de prévention des incendies. Sur les 90 bâtiments inspectés, les propriétaires de 10 d'entre eux se sont tournés vers les tribunaux pour contester les mises aux normes exigées.
Une pétition visant à s'opposer à ces nouvelles mesures circule dans une quarantaine d'entreprises de Matane. Celle-ci fait état de «visites et de constats jugés abusifs, de conduites cavalières, voire même méprisantes, de rapports d'inspection trop sévères et sans discernement». «Des commerces vont fermer, faute de budget», estime l'auteur de cette mobilisation, Michel Gauthier.
Selon le directeur du service des incendies, Pierre Dugré,
42 bâtiments se sont conformés aux recommandations, 48 sont en voie de le faire, 32 dossiers sont ouverts et 10 se retrouvent devant les tribunaux. Il reste 445 édifices à visiter. Par conséquent, selon
M. Dugré, le nombre de commerçants mécontents de ces nouvelles directives est négligeable.
La présidente de la Chambre de commerce région de Matane n'est pas du même avis. Selon Madone Guénette, de 30 à 40 propriétaires de bâtiments sont en colère. «Un des préventionnistes a dit à des gens que s'ils ne voulaient pas se conformer et que si jamais le feu prenait, les pompiers allaient rester dehors», a-t-elle raconté en entrevue avec Le Soleil.
Michel Philibert, copropriétaire des Armoires du Parc, fait partie des gens d'affaires qui ont décidé de contester ces exigences devant la justice. Il évalue à environ 100 000 $ les modifications demandées par les préventionnistes.
«Je dénonce la manière avec laquelle ça s'est fait quand ils sont débarqués ici, explique-t-il. Je questionne aussi la formation des gars. Ils ne sont pas ingénieurs ou architectes. On se bat parce que c'est une question de survie de notre entreprise. Je dénonce aussi la nonchalance du maire. Je suis déçu. Il en va de la crédibilité de la Ville et des pompiers. J'ai appelé le maire, mais il ne m'a pas rappelé. Il prend pour ses pompiers.»
Une «crise»
Le maire se défend en disant qu'il comprend que la situation n'est pas facile, mais qu'il va falloir trouver des solutions et qu'il faut respecter la loi. «On sait que le message ne passe pas, confirme Jérôme Landry. Il y a une crise. On a des gens qui arrivent en panique. C'est regrettable. On demande aux commerçants de collaborer. On a démontré une certaine souplesse en étirant les délais.» En mars, la Ville a modifié certains délais qui sont passés de 90 jours à deux ans et même jusqu'à cinq ans pour certains cas. 
«J'invite la Chambre de commerce à entrer en mode solution, a lancé M. Landry. Si on doit faire des modifications, on les fera. On a besoin de support pour aller de l'avant.»
La présidente de la chambre de commerce locale déplore que le comité consultatif qui avait été mis sur pied par la Ville de Matane n'ait pas tenu de rencontre depuis octobre. «On vous a demandé, monsieur le maire, de relancer ce comité et vous avez refusé, a fustigé Madone Guénette à l'endroit du maire lors d'un point de presse. On veut que les commerçants soient entendus. Écoutez vos commerçants. Ils font tourner l'économie de la ville!»