La Maison Otis a annoncé la suspension de ses activités pour deux mois, ce qui a ébranlé la ville de Baie-Saint-Paul.

Les «vraies affaires» au pays de Pauline Marois

«Il s'est créé 48 000 nouveaux emplois au Québec en 2013», a lancé Pauline Marois devant ses militants, au lendemain de la publication des statistiques annonçant la perte de 26 000 emplois en février.
Il est facile, dans la bulle parlementaire et partisane, d'utiliser les statistiques à son avantage. Tous les partis le font. Mais ce qu'on n'y voit pas, c'est la réalité sur le terrain.
Petit séjour dans Charlevoix, la circonscription de Pauline Marois (taux de chômage de 10,4 %, selon le Mouvement Action Chômage).
«Qu'est-ce qui cloche chez nous?» demandait l'Hebdo Charlevoisien dans son dernier numéro. «Quand ce ne sont pas nos acteurs touristiques qui perdent le sourire, ce sont des multinationales qui reprennent les clés de leur usine.»
Pourtant, ce n'est pas loin de la capitale, Charlevoix. Et c'est là que les bien nantis vont se construire de belles résidences pour admirer le fleuve et faire du ski. Mais quand la compagnie General Cable a annoncé sa fermeture à La Malbaie, le 12 février, c'est 65 emplois et des retombées économiques de 6 millions $ qui se sont envolés. Quand le propriétaire d'une auberge aussi connue que La Pignoronde a annoncé sa démolition pour construire des condos, il a confirmé un grand malaise dans l'industrie touristique. Et quand La Maison Otis, un fleuron régional, a annoncé la suspension de ses activités pour deux mois, la semaine dernière, c'est tout Baie-Saint-Paul qui a été ébranlée.
C'est magnifique, Charlevoix. Mais comme toutes les régions du Québec, c'est là que les fermetures font le plus mal parce qu'il est plus difficile de s'y retrouver un emploi. C'est pour ça que les employés du Massif de Charlevoix ont renouvelé leur contrat de travail à rabais il y a deux semaines. Une menace de fermeture a eu raison des demandes syndicales.
Les promesses des politiciens et leurs querelles sur les statistiques de l'emploi, ça ne veut pas dire grand-chose sur le terrain parce que ça ne colle pas souvent à la réalité locale.
Pire encore, les décisions prises dans les édifices gouvernementaux de la capitale nationale ne tiennent pas toujours compte de la réalité des régions.
Dans son dernier budget, le ministre Nicolas Marceau a dit vouloir économiser 125 millions $ en fusionnant les petites commissions scolaires parce qu'elles coûtent plus cher par élève que les grosses. M. Marceau s'est défendu de vouloir supprimer des emplois en région. Mais dans la circonscription de Charlevoix, une fusion équivaut à une perte d'emplois.
«Une fusion voudrait dire une perte d'autonomie, de contrôle et de sièges administratifs», a déclaré Pierre Girard, président de la commission scolaire de Charlevoix, qui a interpellé la première ministre dans l'Hebdo Charlevoisien.
M. Girard est également directeur général de la MRC de Charlevoix-Est. Il estime qu'une fusion serait néfaste pour l'économie. «Il faut tenir compte des retombées économiques d'avoir, par exemple, une école dans un village comme Saint-Irénée. Comment une commission scolaire qui a des écoles de 2000 élèves pourrait-elle justifier le maintien d'une petite école de 20 élèves à Saint-Irénée, même si ces élèves sont les plus performants?»
Pourtant, ils aiment bien leur députée, les gens de Charlevoix. «Elle prête toujours une oreille attentive à nos dossiers», explique la directrice générale de la Chambre de commerce, Isabelle Lusignan. Et la région fait partie de la région administrative de la Capitale-Nationale. Mais dans la bulle de la capitale, où le taux de chômage est sous la barre des 5 % depuis plus d'un an, les décideurs sont bien loin de Charlevoix.