Comme chef au début de la soirée, Maurice Steger a su très bien tirer son épingle du jeu.

Les Violons du Roy: folies napolitaines

Maurice Steger, le maître absolu de la flûte à bec, était de retour avec les Violons du Roy au Palais Montcalm jeudi soir. On a beau savoir à quel genre de phénomène s'attendre, sa virtuosité fait toujours autant d'effet.
Entre les Violons et leur invité, la chimie a magnifiquement opéré. Le programme avait été puisé du riche héritage baroque napolitain. Que des pages brillantes, pleines de relief et de couleurs.
Comme chef d'abord, Steger a su très bien tirer son épingle du jeu. On l'a bien vu en début de programme dans l'ouverture de Vinci et le concerto pour quatre violons de Leo. Sa battue est exacte, solide et compétente. Il met juste ce qu'il faut d'anticipation dans son geste pour bien tenir l'orchestre.
Sous sa direction, les archets tracent des courbes dynamiques très nuancées, avec de jolies attaques qui sonnent comme des «ooooouaouuuuu» bien ronds et bien aérés.
Le feu a véritablement commencé à prendre sur scène dans le courant du Concerto en la mineur de Domenico Sarro, après que le guitariste Sylvain Bergeron eut lancé le troisième mouvement sur un rythme gitan presque folklorique. Les archets ont pris le relais en dessinant des notes inégales très décontractées - on aurait dit du swing! - puis en resserrant le tout et en y mettant de plus en plus d'énergie. La fantaisie débordante et l'extraordinaire ressort de Steger ont fait le reste. Le public a réagi avec enthousiasme à ce merveilleux délire.
Dans le concerto pour flûte alto de Fiorenza, l'ardeur et la fougue ont fait place à l'élégance. Dans le Largo, on sentait derrière la ligne quelque chose qu'on pourrait appeler l'expression d'un désir fou, un sentiment très fort qui tire presque les larmes.
La deuxième partie du concert a été d'abord marquée par une spectaculaire improvisation sur la passacaille Follia di Spagna. Luth, violoncelle, contrebasse, clavecin, chacun a eu droit à son petit moment de gloire. Maurice Steger, lui, en a profité pour se métamorphoser en Speedy Gonzalez du pipeau.
Pour finir, l'invité des Violons a sorti son flautino, toute petite flûte dont le registre se rapproche assez de celui du merle. C'est sur cet instrument minuscule, avec l'agilité fanfaronne de l'oiseau, que Steger a fait rayonner le dernier concerto de la soirée.
Direction: Maurice Steger, chef d'orchestre et flûtiste. OEuvres de Leonardo Vinci, Loenardo Leo, Domenico Sarro, Alessandro Scarlatti, Nicola Fiorenza et Domenico Scarlatti. Jeudi soir à la salle Raoul-Jobin.