Les verts arrivent en ville

Des idées inspirantes, mais le parti arrive au mauvais moment. À la fois trop tôt et trop tard.
Trop tôt, parce que le Défi vert n'a pas l'expérience ni le sens pratique pour gérer une ville. Il est un peu trop vert, si on peut dire.
Trop tard, parce que les valeurs du Défi vert sont déjà dans les programmes des autres partis : développement durable, recyclage, énergies vertes, transport en commun, bâtiments LEED.
D'ailleurs, je cherche depuis le début de cette campagne en quoi le Défi vert se démarque des autres, à part qu'il est le seul à promouvoir avec autant de vigueur les carrefours giratoires. Au sortir de deux heures en table éditoriale hier, je me le demandais toujours.
La seule réponse qui m'est venue est que le Défi vert se distingue par son manque de pragmatisme et sa connaissance approximative des réalités de Québec. Ce n'est pas très gentil de le dire aussi brutalement, mais c'est la réalité.
Les bras nous sont tombés en constatant que le candidat du Défi Vert à la mairie, Yonnel Bonaventure, ne semblait pas connaître le projet de Cité verte dans le quartier Saint-Sacrement. Ni savoir que des citoyens du voisinage voulaient bloquer ce projet.
J'ai constaté aussi que le Défi vert avait comme d'autres des problèmes de cohérence et des zones d'ombre :
- ses élus devraient obéir à une ligne de parti, mais M. Bonaventure rêve de 28 indépendants au conseil;
- le Défi vert aimerait éliminer des feux de circulation pour économiser l'énergie, mais souhaite éclairer davantage les façades des immeubles;
- le Défi vert voudrait installer des compteurs d'eau partout en ville, mais cafouille sur la manière; le parti semble croire que les compteurs rapportent de l'argent à la Ville. La réalité est que Québec en aurait déjà installé partout si ce n'était des coûts élevés.
En début de campagne, le Défi vert a appuyé trois candidats, les pensant assez verts pour ne pas leur opposer d'adversaire, avant de constater qu'on l'avait mal informé. Une erreur qu'il ne répétera plus.
On pourrait reprocher à M. Bonaventure de réfléchir parfois à voix haute, de lancer des idées mal abouties, improbables ou irréalistes (il propose une éolienne sur le pont de Québec pour l'éclairer).
Mais je connais un maire qui fait exactement la même chose, ce qui ne l'empêche pas d'obtenir un énorme succès d'estime.
Yonnel Bonaventure ne souhaite pas parler de lui. Insiste qu'il n'est ni un chef, ni un leader; seulement un «porte-parole» des idées vertes. On retrouve chez lui le militant engagé et le dilettante décontracté qui ne se prend pas très au sérieux.
Le «rêve est grand», dit-il, mais l'espoir l'est moins. Il sait qu'il ne sera pas élu. Il a 56 ans, se présente à des élections pour la huitième fois, annonce déjà qu'il sera à nouveau candidat aux prochaines fédérales.
Il est né à Paris, est diplômé de génie mécanique, a travaillé en Allemagne. Il débarque à Montréal en 1976 avec l'idée d'entreprendre un tour du monde et de rentrer ensuite en France. Il choisit de rester au Québec, mais se plaint du «racisme» contre les Français et que «Montréal parle trop anglais».
Il avait découvert Québec en touriste. Il s'installe en 1978 dans Saint-Jean-Baptiste près du café Le Hobbit qu'il a tellement aimé qu'il finira par l'acheter. Pas d'emploi dans son domaine, il gratte la guitare et chante Brassens dans les bars. Fera tranquillement son chemin dans la restauration et l'immobilier.
Il habite aujourd'hui Montcalm, un quartier où il y a «plus d'intellectuels» avec qui il a des «discussions sérieuses qui me nourrissent». Il ne va pas voir les blockbusters américains, aime l'hiver et les langues étrangères.
À la fin de l'entrevue, il demande une pause pour remettre de l'argent dans son parcomètre. Comment, vous n'êtes pas venu en autobus?
Pas le temps, a-t-il expliqué. D'ailleurs, il prend peu l'autobus. Une voiture hybride alors?
Trop cher. Il roule dans une petite voiture. Il marche, recycle et composte, mais admet acheter parfois des légumes congelés qui viennent de loin.
Une vie de citoyen vert. Pas celle d'un ayatollah.