L'école des Ursulines était la dernière dirigée par des religieux à Québec. Sur la photo, soeur Monique Pelletier, une ancienne enseignante, s'entretient avec des élèves.

Les Ursulines passent le flambeau

La plus ancienne école de Québec, fondée à la naissance de la colonie par les Ursulines, devient une école laïque.
Ce virage lourd de symbole survient quelques mois à peine après la canonisation de la première directrice de l'école, Marie Guyart.
Soeur Cécile Dionne, membre du comité de transition des Ursulines, aime voir dans cette coïncidence, car c'en est une, un «clin d'oeil de Marie de l'Incarnation».
La passation des pouvoirs à une corporation laïque aura lieu le 23 juin.
L'école des Ursulines était la dernière dirigée par des religieux à Québec avec celle des Soeurs Servantes du Saint-Coeur-de-Marie de Beauport, qui a aussi amorcé le passage vers la laïcité.
La porte va donc bientôt se refermer sur plus de 375 années de présence de religieux à la direction de maisons d'enseignement de Québec.
Quelques pages de cette histoire n'ont pas été glorieuses. Il y a eu des victimes, des dénonciations, des procès. Mais sauf erreur, je n'ai pas souvenir que les Ursulines de Québec aient été en cause.
Avec le regard d'aujourd'hui, on s'étonne et s'amuse du document signé par le roi Louis XIII en 1639 pour autoriser l'établissement de l'école à Québec.
Les Ursulines s'y voyaient confier la «charge... à perpétuité... d'instruire les petites filles sauvages en la religion catholique...»
On choisirait de nos jours d'autres mots. Il y aurait des débats houleux sur cette idée qu'il fallait assimiler les autochtones.
Cela dit, personne ne peut nier que les Ursulines ont contribué depuis des siècles à former des jeunes filles dans la dignité et plus récemment des garçons. À leur transmettre des connaissances et, plus important peut-être, des valeurs. Leur histoire fait corps avec celle de la ville de Québec.
Bien que l'école sera officiellement dirigée par des laïcs, le protocole de transition prévoit le maintien de la mission religieuse.
L'école devra conserver un cours de religion obligatoire (30 minutes par semaine) en surplus du cours d'éthique du ministère. Cela vaut aussi pour une quinzaine d'élèves de confession musulmane.
La corporation laïque devra aussi maintenir l'animation pastorale et promouvoir les valeurs de la communauté.
Si l'école devait faillir à ces obligations, elle perdrait le droit d'utiliser le nom des Ursulines. Et probablement l'usage des bâtiments du Vieux-Québec qui demeurent propriété de la communauté.
«On se sent les mains liées», s'amuse le directeur général Jacques Ménard, un laïc en poste depuis deux ans.
Concrètement, la supérieure des Ursulines renonce à son autorité sur les affaires et les finances des écoles du Vieux-Québec et de Loretteville.
Elle renonce aussi à nommer les membres du C. A., qui seront désormais choisis par les parents.
Les Ursulines vont tout de même conserver 2 sièges sur les 11 du C. A. et un droit de veto sur le choix du directeur ou de la directrice de l'école.
Les lieux physiques ne sont pas touchés par le changement de garde. Les portes seront cependant refermées entre les locaux de l'école et l'aile d'hébergement occupée par une cinquantaine de religieuses.
***Dans la petite salle jouxtant l'entrée principale, des parents défilent devant les tables où sont posés les vêtements cousus par leurs filles. J'ai présumé que c'étaient des filles qui les avaient fabriqués, mais la vérité est que je n'ai pas vérifié.
Il y avait 32 élèves dans la classe cette année pour cette «matière» qui ne s'enseigne plus beaucoup dans les écoles.
Au mur, un vitrail représentant Marie de l'Incarnation. La fondatrice est partout dans l'école, dans chacun de ses corridors, dans ses classes, ses halls.
Il ne reste rien du bâti d'origine. L'école a brûlé en 1650 et une autre fois en 1686. L'esprit (et l'image) de la fondatrice est cependant plus présent que jamais après la canonisation de ce printemps.
«Notre fondatrice est une sainte», se plaît-on maintenant à rappeler aux élèves qui ne risquent pas de l'oublier.
À l'entrée de la salle d'exposition, des parents s'arrêtent pour discuter avec soeur Rita Perron, professeure de couture depuis 46 ans. Presque des noces d'or.
Elle est la seule des trois ursulines encore actives dans les deux écoles de Québec à faire de l'enseignement direct aux élèves.
À moins qu'arrive une recrue, soeur Perron sera la dernière ursuline à avoir enseigné à Québec. La dernière à avoir marché dans les traces de Marie Guyart de l'Incarnation.
Il y avait dans le sourire timide de soeur Perron en recevant les mercis des parents, quelque chose de touchant. Et peut-être de la nostalgie.
***
Dans la salle de classe où nous montons à l'improviste pour des photos, des fillettes se pressent spontanément autour de soeur Monique Pelletier, une ancienne professeure qui nous accompagne.
La conversation s'anime. D'autres élèves qui étaient au fond de la classe s'approchent. Les regards pétillent, et le plaisir s'esclaffe.
Il m'a semblé qu'il y avait, dans cette communion entre la génération qui s'apprête à quitter l'école et celle qui vient d'y entrer, la promesse que l'oeuvre des Ursulines ne va pas s'arrêter à 375 ans.