David Bowie lors du lancement de sa tournée Sound + Vision à Québec, en mars 1990.

Les trois haltes de Bowie à Québec

Durant sa longue carrière, David Bowie ne s'est arrêté que trois fois à Québec. Si ses visites ont été rares, elles n'ont jamais été banales, d'autant qu'à deux reprises, il a passé une semaine à faire des répétitions en ville.
Le promoteur Michel Brazeau a bien connu David Bowie. C'est lui qui a orchestré chaque fois le passage de la star au Colisée. Il était d'ailleurs sous le choc, hier, lorsqu'on lui a appris le décès de l'artiste : «Je la trouve rough celle-là...»
Les fans de Québec ont dû attendre au 11 juillet 1983, soit lors de la tournée Serious Moonlight, pour voir le Thin White Duke à l'oeuvre chez eux. Comme c'est en ville que la portion américaine de la tournée s'amorçait, Bowie et son équipe y ont passé une semaine. C'est à cette époque que Michel Brazeau a fait connaissance avec «un des artistes les plus fins et les plus sympathiques [qu'il] a jamais rencontrés».
«C'était un gars très simple, raconte Brazeau. Je me souviens que durant sa première visite à Québec, son directeur de tournée exigeait des sushis pour David Bowie. À cette époque-là, des sushis à Québec, ça n'existait pas. Je suis allé voir David et je lui ai dit : "David, des chefs de sushis à Québec, il n'y en a pas. Si c'est vraiment ce que tu tiens à manger, je vais faire venir quelqu'un de Montréal ou de Toronto pour te les préparer". Il est parti à rire et il m'a dit : "Regarde, n'importe quel filet de poisson, grillé ou poché, ça va faire mon affaire. Je veux juste manger du poisson!"»
Le public était au rendez-vous pour ce concert. Selon les archives du Soleil, ils étaient pas moins de 15 600 à être allés accueillir la vedette. Le collaborateur Pierre Lebel écrivait à l'époque qu'en dépit d'une première partie qui avait peut être déçu une frange du public, l'artiste avait su ravir l'ensemble de la foule durant la deuxième partie.
Rigueur, rigueur
Bowie a toujours été bien connu pour sa rigueur. Michel Brazeau a été témoin de son perfectionnisme, en particulier pendant la tournée Sound+Vision, qui s'est amorcée au Colisée le 4 mars 1990.
«Il était très exigeant. Il a dit à son équipe : "Le système de son qu'on est en train d'utiliser ne me convient pas. Ce n'est pas ce que je veux comme son. Sortez-moi ça de là et remplacez-moi ça!"»
Pendant que le nouvel équipement était installé, la vedette est allée se changer les idées chez Michel Brazeau, sur la rue Murray. «C'était à l'heure où mes voisins revenaient du bureau. Ils m'ont dit qu'il leur semblait avoir reconnu ce visage!» se remémorait le promoteur en nos pages, en 2004.
Cette seconde visite de Bowie concordait avec son association avec la troupe canadienne La La La Human Steps et le chorégraphe Édouard Lock. Pendant la représentation, la danseuse Louise Lecavalier est apparue à ses côtés durant la pièce Suffragette City. Michel Bilodeau, qui couvrait le concert pour Le Soleil, parlait d'un «triomphe» et d'un «spectacle vraiment à la hauteur de la réputation de ce perfectionniste». Douze mille fans avaient leur billet.
Une dernière fois
Bowie est revenu au Colisée pour un troisième et dernier spectacle le 4 avril 2004. Le collègue Gilles Carignan a alors salué sa performance, parlant d'une «communion parfaite» entre l'artiste et la foule. Toutefois, les fans n'ont pas répondu à l'appel : seulement 4000 d'entre eux s'étaient déplacés. Le principal intéressé, lui, n'en a pas fait de cas.
«Après la soirée, j'étais allé le voir, pour quasiment m'excuser de la faible assistance, relate Michel Brazeau aujourd'hui. Il m'avait regardé et m'avait dit : "Michel, ce n'est pas grave. Tant que j'ai du plaisir sur la scène, ce n'est pas important". Ça ne l'avait pas affecté. Ou, en tout cas, de ce qu'il laissait voir, ça ne l'avait pas affecté...»