Les Rolling Stones généreux conquérants

C'était sans l'ombre d'un doute le code postal le plus couru de la province (si ce n'est pas du pays), mercredi. Sur des plaines d'Abraham affichant complet, les Rolling Stones sont débarqués en conquérants avec leur tournée Zip Code. De gentils conquérants, faut-il préciser.
Pendant deux bonnes heures, les Rolling Stones ont montré pourquoi ils méritent toujours leur titre de «légendes du rock». Professionnels jusqu'au bout des doigts, énergiques à outrance, généreux avec leurs admirateurs... Avec ce petit côté gamin qui prouve qu'ils ont encore envie d'être là, après plus de 50 ans à user les planches. 
Mick Jagger, Keith Richards, Ronnie Wood et Charlie Watts ont été accueillis par des plaines d'Abraham remplies à craquer : de nombreux festivaliers ont d'ailleurs été refoulés aux entrées une fois les portes du site fermées. Pour ceux - et ils étaient nombreux - qui avaient réussi à trouver une place sur le site, les Stones n'ont pas tardé à entrer dans le vif du sujet : une ouverture sur l'air de circonstance Start Me Up. Pas de temps à perdre, l'énergie était déjà au max sur scène comme au parterre. Et ça n'a pas dérougi de la soirée.
«Vous êtes tous très chics! C'est beau de jouer ici sur les plaines d'Abraham», a lancé Mick Jagger en français. «Ç'a été une bataille de venir ici», a-t-il ajouté à la blague.  
Le chanteur britannique, qui s'est adressé à la foule dans la langue de Molière presque toute la soirée, n'a jamais été de ceux qui se tournent les pouces pendant les solos de ses compères. Ce n'est visiblement pas à - bientôt - 72 ans que ça va s'arrêter. 
Dans une forme impressionnante, le chanteur a pris possession de l'immense scène. De toute la scène! Il a arpenté les planches de long en large, sans compter la passerelle d'une trentaine de mètres dont il s'est servi pour haranguer gentiment la foule... Et amener un peu plus loin les mouvements frénétiques qui font sa marque de commerce. 
Il fallait voir Ronnie Wood et Keith Richards partager une accolade et une petite blague privée à l'arrière-plan, alors que Jagger faisait ses sparages sur la passerelle pendant Midnight Rambler. Du bonbon. 
Autre chouchou du public, Keith Richards s'est lui aussi payé un moment de gloire en saisissant le micro le temps de Before They Make Me Run et Happy. À la foule qui l'acclamait, le guitariste à la dégaine unique a lancé un rigolo : «merci, ça fait un bout de temps que je fais ça.»
À la fois flamboyants dans l'allure et l'attitude et rudement branchés sur la base de leur art (des riffs qui décoiffent, un rock qui vient du ventre et des mélodies qui traversent le temps), les Stones auront offert plusieurs grands moments aux festivaliers : entre un segment plus intimiste avec Wild Horses (sous les briquets et les cellulaires), une théâtrale Sympathy for the Devil (la foule chantait déjà avant que Jagger débarque, sous une cape à plumes) et un rappel tout en contrastes, enchaînant You Can't Always Get What You Want (avec le Choeur des jeunes de Laval) et l'incontournable (I Can't Get No) Satisfaction sous les feux d'artifice. 
«On vient au Québec depuis 1965, c'est notre 13e visite. Merci d'être venus si souvent pour nous», a dit Jagger. À voir la réaction de la foule, on peut présumer qu'ils trouveront de nouveau des oreilles ici si l'envie leur prend de repartir en tournée.
=> Liste des chansons
Start Me Up
It's Only Rock'n'roll (But I Like It)
All Down the Line
Tumbling Dice
Street Fighting Man 
(demande spéciale)
Wild Horses
Bitch
Honky Tonk Women
Before They Make Me Run (Keith Richards au micro)
Happy (Keith Richards au micro)
Midnight Rambler
Miss You
Gimme Shelter
Jumpin' Jack Flash
Sympathy For the Devil
Brown Sugar
You Can't Always Get What You Want (rappel)
(I Can't Get No) Satisfaction (rappel)
<p>Galaxie a ouvert la soirée sur les plaines d'Abraham, mercredi soir.</p>
<p>The Districts sur les plaines d'Abraham, mercredi</p>
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Galaxie
La formation québécoise Galaxie ne disposait pas de beaucoup de temps pour montrer de quel bois elle se chauffe en début de soirée. À peine 35 minutes. Olivier Langevin et sa bande n'en ont pas gaspillé une seconde, livrant une dose de rock aussi efficace que bien tassée. Pratiquement pas de bla-bla et des décibels à la tonne... 
De la récente Zulu à la désormais incontournable Piste 1, Galaxie a poussé la machine à grand renfort de solos bien sentis (clope au bec, François Lafontaine s'est comme toujours démené aux claviers). De quoi maximiser au possible l'expérience des Plaines. Et rallier plusieurs nouveaux fans à leur cause.
Juste après, la formation américaine The Districts s'est exécutée devant des Plaines bondées, mais au niveau d'attention de variable à nul. Visiblement tissé serré, le quatuor de Pennsylvanie n'a pas mal fait, loin de là, en présentant pour la première fois à Québec ses chansons indie-rock. C'est ce qu'on appelle entrer par la grande porte. Mais pas certaine que le casting ait été approprié. Ni pour le groupe, ni pour le public.