Provigo Le Marché renouvelle le concept d'épicerie tout en assurant des bas prix. Reste à voir si cette politique tiendra la route avec le temps.

Les Québécois infidèles à leur épicier

Ce n'est pas moi qui le dis, mais mon collègue Pierre Couture, de la section économie. Et l'arrivée des Walmart et Target dans le domaine de l'alimentation n'est pas étrangère à ce côté volage.
<p>Palmarès des coûts du panier d'épicerie</p>
Selon Statistique Canada, la part du marché des aliments au détail dans les épiceries et les supermarchés a glissé de 87 % en 2004 à 80 % en 2012, alors que celle des magasins de marchandises diverses a presque doublé, passant de 9,6 % à 16,4 %.
On s'en doute, ce sont les prix qui attirent les consommateurs dans ces immenses surfaces où l'on trouve de tout, ou presque. Histoire de savoir s'ils sont vraiment plus avantageux, je suis allée faire quelques comparaisons. Rien de scientifique comme étude, mais les résultats sont très intéressants.
Les prix ont été saisis en deux temps, le jeudi 30 janvier et le lundi 3 février, soit à l'intérieur d'une même semaine de circulaire.
Les produits comparés sont exactement les mêmes; lorsqu'il y en avait un qui n'était pas disponible à un endroit, je l'éliminais de ma liste. À la fin, il en restait 22. À noter que mon panier ne comprend ni viande, ni fruit, ni légume, ni produit laitier. Je n'ai pas tenu compte des rabais.
Contre toute attente, ce n'est ni Target ni Walmart qui arrive en premier, mais Provigo Le Marché, la nouvelle créature de Loblaw. Je dois dire qu'au moment de mon passage, lundi, on y trouvait beaucoup de produits au rabais (voir le tableau). Reste à voir si c'est l'effet d'une stratégie de marketing pour vendre le nouveau concept ou si cette politique de prix est là pour rester.
Le prix, critère numéro un
Au-delà des totaux, certains produits présentent des écarts marqués entre les prix. La farine Five Roses en format de 2,5 kg se détaillait entre 3,97 $ et 6,49 $. La soupe aux tomates Campbell, entre 0,50 $ et 1,09 $. Le beurre d'arachide Kraft en format de 1 kg, entre 4,99 $ et 6,99 $. Les céréales Cheerios au miel et aux noix en format de685 gr, entre 4,99 $ et 7,69 $.
Je m'arrête ici, le but de l'exercice n'est pas de donner une liste de prix. Et surtout, je le rappelle, ce petit coup de sonde n'a rien de scientifique. Mon panier était loin d'être complet et pas nécessairement représentatif d'une épicerie moyenne. Par contre, je précise qu'il comptait uniquement des produits d'usage courant : soupe, céréales, jus, oeufs, café, ketchup, thon...
N'empêche, entre le premier et le dernier total de la liste, on trouve un écart de plus de 10 %, ce qui n'est pas rien.
Les études démontrent que le prix est le critère numéro un qui amène les consommateurs à choisir une bannière plutôt qu'une autre, rappelle Sylvain Charlebois, professeur en politiques alimentaires à l'Université de Guelph, en Ontario. Cela dit, on sait qu'il existe toutes sortes de motivations à nos choix. On peut par exemple privilégier un magasin en particulier parce que c'est le seul qui soit toujours ouvert dans notre quartier et qu'on trouve important de l'encourager. C'est mon cas et j'accepte donc de payer un peu plus cher.
Mais de plus en plus, les spécialistes du marketing parlent de «l'expérience» de magasinage. On ne va pas à l'épicerie uniquement pour un prix, mais également pour tout un environnement de saveurs, d'odeurs et de beaux étalages à regarder. Et à cet égard, des études montrent que les Québécois sont prêts à mettre un peu plus d'argent que les Canadiens des autres provinces pour leurs aliments.
Côté expérience, les sept magasins que j'ai visités offraient un éventail complet, du plus simple (Target) au plus raffiné. Et là, il faut bien le reconnaître, c'est encore Provigo Le Marché qui se distingue. Il y a là clairement un renouvellement du concept épicerie.
C'est aussi ce qu'a constaté Sylvain Charlebois, qui a visité le magasin de Québec lors de ses vacances des Fêtes. «C'est ouvert, c'est grand, c'est bien éclairé. On tente de recréer une atmosphère à l'européenne», observe-t-il.
Les jambons suspendus, les énormes meules de fromage sont effectivement dans cet esprit.
Encore une fois, on verra si les prix de ce magasin se maintiendront dans les mois à venir. Mais selon le professeur Charlebois, avec ou sans Target et Walmart, la pression pour des prix compétitifs ne s'atténuera pas, pas plus que la recherche de concepts plus recherchés. Les Québécois veulent à la fois de bons prix et du contenu et iront là où on leur en offre.
L'universitaire croit d'ailleurs que le géant Target ne pourra pas s'appuyer éternellement sur la simplicité s'il veut séduire les Québécois avec son offre alimentaire.
Et vous, qu'est-ce qui motive votre choix? Les Québécois sont infidèles... à leur épicier.