Didier Fessou
Le Soleil
Didier Fessou
Illustré de photographies et de dessins à l'acrylique, les unes signées Pierre-Paul Plante et les autres Mimi Lépine, Le jardin du capitaine est un livre de souvenirs d'enfance. Ceux d'un homme qui est né et qui a grandi à Saint-Laurent de l'île d'Orléans avant de passer sa vie à naviguer sur toutes les mers du monde.
Illustré de photographies et de dessins à l'acrylique, les unes signées Pierre-Paul Plante et les autres Mimi Lépine, Le jardin du capitaine est un livre de souvenirs d'enfance. Ceux d'un homme qui est né et qui a grandi à Saint-Laurent de l'île d'Orléans avant de passer sa vie à naviguer sur toutes les mers du monde.

Les quatre saisons de Tithom

Le joli petit livre de Mimi Lépine, Le jardin du capitaine, est passé à peu près inaperçu au moment de sa publication, au printemps.
Il est vrai que l'éditeur Art Global n'a pas fait preuve de grande imagination pour faire connaître ce fameux jardin.
Sans le coup de téléphone d'une bonne fée, dernièrement, je n'en aurais jamais entendu parler. Et je serais passé à côté de quelque chose digne de recommandation. Cette bonne fée, c'est Renée Hudon. Qu'elle en soit publiquement remerciée!
Illustré de photographies et de dessins à l'acrylique, les unes signées Pierre-Paul Plante et les autres Mimi Lépine, Le jardin du capitaine est un livre de souvenirs d'enfance. Ceux d'un homme qui est né et qui a grandi à Saint-Laurent de l'île d'Orléans avant de passer sa vie à naviguer sur toutes les mers du monde.
Ce récit de 136 pages est écrit à la première personne et nous fait revivre le début des années 60, une époque d'espoir et d'effervescence ouverte sur l'avenir.
Le sujet et le ton de ce récit ne sont pas sans rappeler le sympathique livre de Georges-Hébert Germain, Jadis, si je me souviens bien..., dans lequel il évoquait son enfance pauvre mais heureuse aux Écureuils à la fin des années 50.
On trouve dans les deux livres le même émerveillement, la même fascination pour le fleuve Saint-Laurent.
Le livre de Georges-Hébert Germain était un témoignage. L'auteur y disait ce qu'il avait vécu. Dans Le jardin du capitaine, Mimi Lépine s'est mise dans la peau de son personnage et raconte à sa place. C'était risqué, mais cela a été fait de façon respectueuse. Et convaincante.
Le héros de ce livre, le capitaine, est nul autre que Pierre-Paul Plante.
Explication de l'auteure, Mimi Lépine: «Sans Pierre-Paul Plante, ce récit n'aurait pu prendre forme. Il a consenti avec générosité à partager ses souvenirs d'enfance insulaire. Il a répondu à mes questions insistantes. Il a effectué des recherches pour vérifier et préciser certains aspects de la narration. Je me suis inspirée de ce corpus de départ. Il a nourri mon imaginaire.»
Qui est Mimi Lépine, une étrange, qui a osé se substituer à un né natif pour incarner un enfant de l'île d'Orléans? Après une formation universitaire en études hispaniques et en linguistique, cette Montréalaise de la très chic Ville de Mont-Royal a occupé différents postes au collégial où elle a débuté comme professeur de lettres et d'histoire du costume.
Au début des années 90, Mimi Lépine est revenue à l'expression artistique en suivant des cours au Centre des Arts Visuels de Westmount et au Centre Saidye Bronfman. Elle travailla ensuite l'aquarelle avec Ming Ma.
Pendant quelques années, elle approfondit sa recherche sous la supervision de Seymour Segal.
Plus récemment, elle a participé à des ateliers de dessin avec Michèle Delisle, et de peinture avec Susan Scott. Elle a exposé à plusieurs reprises et fut membre du Conseil d'administration de la Table ronde sur l'art de Mont-Royal.
Il y a quelques années, elle s'établissait de façon permanente à Saint-Laurent de l'île d'Orléans. Elle y peint et elle y écrit.
Pour ceux qui veulent tout savoir, j'ajouterai que Mimi Lépine est la soeur du journaliste Jean-François Lépine.
«Je suis né à l'île d'Orléans au solstice d'été. Ensorcelé dès ma naissance. Le fleuve coulait dans mes veines. Il modulait ma respiration, mon rapport au monde. Je me sentais ainsi différent des hommes de mon clan. Ils vivaient le regard tourné vers le coeur de l'île et les exigences de la terre; je ne voyais que les promesses du fleuve au long cours. Je rêvais de voguer à la découverte du monde.»
Ainsi commence le récit de Tithom qui a oublié de grandir à force de fureter sur les battures. Ce récit s'étend sur une année et s'articule autour des quatre saisons.
D'abord le printemps. Qu'on reconnaît quand les étranges arrivent de l'île aux Coudres, de Saint-Joseph-de-la-Rive, du Bas-du-Fleuve. Les étranges, ce sont les capitaines et leurs équipages venus au chantier maritime de Saint-Laurent pour gréer leurs goélettes avant la reprise de la saison de navigation.
Tithom, lui, s'en va sur ses dix ans. Il est l'un des trois garçons d'une famille de dix enfants. Son père, Léon, a épousé la belle Margot, la benjamine d'une famille de Bellechasse. L'un et l'autre sont taillés dans la même souche et partagent un sens inaltérable de la fête.
En ce temps-là, la vie de Tithom, une fois l'école finie et l'été installé pour de bon, est une véritable aubaine: se baigner dans le fleuve, vendre des fraises aux touristes, aller faire des affaires du côté de Sainte-Pétronille avec son père, célébrer le dimanche en mangeant des frites au bord de l'étang.
Puis, l'automne venu, il donne un coup de main à son oncle Édouard pour la pêche à l'anguille, il ramasse les pommes, regarde passer les oies et les outardes. Sans oublier l'hiver avec sa chasse aux bruants des neiges, les tempêtes qui isolent le village pendant plusieurs jours, les préparatifs du temps des sucres...
Vous ne trouverez rien d'extraordinaire dans Le jardin du capitaine. Ce livre enchanteur est constitué de courtes saynètes qui racontent la vie quotidienne et insouciante d'un enfant. Une vie rythmée par les saisons et leurs mille et une corvées domestiques.
Mais cet enfant curieux et intrépide rêve d'autre chose. Il est subjugué par le fleuve Saint-Laurent et veut être marin.