Les petits miracles du Nord de Joé Juneau

Les mois ont passé, la passion n'a pas diminué. Un an après avoir déménagé ses pénates à Kuujjuaq, dans le Grand Nord québécois, Joé Juneau croit plus que jamais aux petits miracles quotidiens du programme de hockey-études qu'il a mis en place au Nunavik, il y a deux ans. Contre vents et marées, l'aventure se poursuit.
Lorsque Le Soleil l'a rencontré l'an dernier, à Kuujjuaq, l'ancien joueur de hockey venait tout juste de poser ses valises, fébrile. Tout un défi l'attendait : poursuivre la mise sur pied d'un programme de hockey-études dans les 14 villages du Nunavik afin d'aider les jeunes à prendre goût à l'école.
Dans le Grand Nord québécois, 9 jeunes sur 10 ne finissent pas leurs études secondaires. Le suicide est la principale cause de mortalité, avec un taux huit fois plus élevé que dans l'ensemble de la province.
Mais le quotidien est aussi fait de sourires et de fierté pour les jeunes qui patinent à l'aréna après leur journée d'école. Même s'il reste encore beaucoup à faire, le pari est relevé au quotidien, estime Joé Juneau.
«Ç'a été plus facile que ce que j'anticipais», a-t-il affirmé hier, en entrevue au Soleil. L'ancien numéro 90 du Canadien était de passage à Québec pour participer à une conférence dans le cadre de l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde, qui se déroule à l'Université Laval.
À Kuujjuaq, la participation des parents l'a impressionné. Grâce à eux, le programme est devenu «un beau projet collectif». Après tout, il arrivait avec une nouvelle idée qui a même pris par surprise des intervenants du milieu scolaire. Avant, hockey et études ne faisaient pas bon ménage. Des élèves séchaient les cours, préférant la rondelle aux manuels scolaires.
«Le hockey était en compétition avec l'école», résume Claude Vallières, ancien directeur d'école qui a oeuvré pendant une trentaine d'années dans le milieu de l'éducation au Nunavik et qui participait aussi à la conférence de jeudi.
Les premiers mois, il y a eu beaucoup de questions logistiques à régler et un projet entier à bâtir. Pour faire partie du programme sport-études, les élèves doivent respecter trois règles d'or : être présent à l'école, faire des efforts et avoir un bon comportement en classe. À chaque semaine, ils sont évalués par leurs enseignants qui remplissent un rapport, remis à l'entraîneur.
En plus de l'école qui doit collaborer, une équipe locale doit aussi être mise en place pour encadrer l'entraînement quotidien des jeunes dans chacun des villages, si éloignés les uns des autres que le seul moyen de s'y rendre est l'avion.
Après deux ans, le projet fonctionne très bien dans 5 des 14 villages du Nunavik, estime Joé Juneau. Dans deux communautés, le programme n'a pas pu être mis en place cette année à cause de problèmes d'organisation.
«C'est sûr que c'est l'implication du personnel dans les écoles qui fait la différence. Avant d'instaurer une nouvelle mentalité, il faut aussi en défaire une vieille», illustre-t-il.
Des améliorations seront aussi apportées l'an prochain. Pour accéder au club élite du programme, par exemple, les jeunes devront aussi s'impliquer dans leur milieu par du travail communautaire.
Ce club élite — qui participe chaque année au Tournoi pee-wee de Québec — revêt toute une importance pour Joé Juneau : il rassemble les leaders de demain, ceux qui seront appelés à prendre la relève. Parce qu'une fois les ficelles attachées, il restera à assurer la pérennité de ce programme unique dans le paysage nordique québécois.
L'ancien joueur du Canadien ne sait pas combien de temps il restera au Nunavik, mais il est bien déterminé à ce que le projet s'enracine, avec ou sans lui. «Dans le quotidien, je travaille à me remplacer. C'est ça qui va faire la différence, en bout de ligne», dit-il.
Pour Claude Vallières, tuteur académique du programme, cette initiative est primordiale puis­qu'elle permet de redonner espoir et fierté à une génération trop souvent oubliée. Les exemples de réussite sont nombreux. «C'est un projet qui touche l'avenir du peuple inuit», dit-il, les yeux brillants. Dans ce Grand Nord québécois, tout reste à bâtir.