Les ouvriers spécialisés tournent le dos à l'État.

Les ouvriers spécialisés tournent le dos à l'État

Vous avez complété votre formation pour devenir électricien. La Commission de la construction du Québec vient de vous accorder votre certificat de compétence. Vous êtes prêt à travailler.
Quel employeur choisir? Le secteur public ou un autre employeur?
Si le salaire est votre principal critère de sélection, votre réflexion ne s'éternisera pas!
Selon l'Institut de la statistique du Québec, qui publiait en novembre son rapport annuel sur la rémunération des employés du gouvernement du Québec, un électricien d'entretien travaillant dans une école, un hôpital ou un ministère gagne 45 996 $ par année. Chez un autre employeur, il empoche 64 618 $. Un fossé de 40 %.
Et en tenant compte de la rémunération globale - une donnée qui tient compte des salaires, des avantages sociaux et des heures de présence au travail -, l'écart est encore plus important.
Une différence de 54,8 %, soit une rémunération globale représentant 33,55 $ l'heure au gouvernement comparativement à une rémunération globale de 51,93 $ chez un autre employeur.
Le salaire d'un électricien d'entretien dans le privé est de 66,691 $, soit 45 % de plus que celui accordé par l'État. Il est de 62,387 $ (+ 35 %) dans la fonction publique fédérale, de 60,878 $ (+ 32 %) dans les sociétés d'État et de 59,728 $ (+30 %) dans le secteur municipal. Il y a parité avec le réseau universitaire, où le salaire d'un électricien d'entretien est de 48 146 $ (+ 4,7 %).
Employeur généreux
Pas besoin d'être un génie pour comprendre que les ouvriers spécialisés tournent le dos aux emplois offerts par l'État et que ceux qui y gagnent leur croûte ne sont bien souvent que de passage avant d'aller mettre leur expertise au service d'un employeur plus généreux.
Incapable d'attirer les talents et de conserver ceux qu'il a sous la main, le gouvernement n'a pas le choix de se tourner vers la sous-traitance. «Et il n'économise pas un sou puisque le salaire qu'il va verser à l'électricien à l'emploi d'un sous-traitant est nettement supérieur à celui d'un travailleur d'un ministère», signale la présidente du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Lucie Martineau.
Dans le secteur public, on compte environ 7000 ouvriers spécialisés. Parmi eux, des conducteurs de véhicules lourds, des mécaniciens, des menuisiers, des ouvriers d'entretien, des peintres, des plombiers, des soudeurs, entre autres.
Depuis belle lurette, ils sont en attente d'une meilleure reconnaissance professionnelle. Pendant ce temps, l'écart se creuse.
Devant la rareté de main-d'oeuvre spécialisée, le secteur privé met toute la gomme pour attirer et retenir les travailleurs.
Lettre d'entente
En juillet 2009, le Conseil du trésor et les syndicats représentant les ouvriers spécialisés ont signé une lettre d'entente créant un groupe de travail afin d'examiner la situation relative à l'attraction et à la rétention de la main-d'oeuvre dans les secteurs de l'éducation, de la santé et des services sociaux et dans la fonction publique. Les discussions n'ont pas permis de trouver un terrain d'entente.
«Nous espérions pouvoir présenter aux parties négociantes des recommandations conjointes, mais nous n'avons pas été capables d'y arriver», déplore la vice-présidente de la Fédération des employées et employés des services publics (FEESP-CSN), Marjolaine Côté, en soulignant que le gouvernement cherchait à repousser à la prochaine ronde de négociations la conclusion d'un règlement sur la question des ouvriers spécialisés.
«L'attitude de l'employeur est incompréhensible, car en signant la lettre d'entente, il reconnaissait le problème de l'attraction et de la rétention de la main-d'oeuvre», dénonce Lucie Martineau.
Mardi, les syndicats ont rencontré le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, pour tenter de dénouer l'impasse.
Selon les syndicats, deux facteurs influencent la capacité d'attraction et de rétention de la main-d'oeuvre dans le secteur public. Évidemment, il y a la sous-rémunération chronique des emplois d'ouvriers spécialisés qui pousse les nouveaux diplômés à se faire embaucher par des sous-traitants qui offrent un meilleur salaire et des ouvriers déjà en poste à quitter le secteur public au profit d'un emploi comparable, mieux rémunéré au privé. L'autre facteur est l'omniprésence de la sous-traitance. La solution, selon le camp syndical, passe par la mise en place de mesures correctives pour combler l'écart de rémunération et par la réduction du recours à la sous-traitance.
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